La Défense française va découvrir la cyber-guerre.

Il était temps de s'apercevoir que cette pratique existait, y compris et surtout de la part de nos amis américains.

Rappelons que la ministre des Armées Florence Parly a dévoilé le 18 janvier un nouveau champ d'action de l'armée française en déclarant qu'elle pourrait mener des cyber-attaques et non plus seulement se défendre contre ces dernières.

Voir Les Echos

Il était plus que temps pour le ministère des Armées de découvrir un champ de bataille virtuel dans lequel s'affrontent depuis des années les grandes puissances et où les armées françaises étaient très largement absentes. Mais quand on connaît l'état d'illettrisme des recrues en matière d'Internet, illettrisme encore partagé par un grand nombres d'officiers, il y aura beaucoup de travail à faire.

C'est très bien également que le ministère de la Défense découvre que parmi les hackers qui sévissent dans les réseaux militaires français, se trouvent probablement des agents russes. Il y a tout lieu de penser cependant que la CIA américaine y est aussi très présente. Mais la ministre s'est bien gardée d'y faire allusion. Entre alliés, il faut bien s'entraider.

Cependant l'espionnage et la désinformation ne se limitent pas à l'action de hackers, qu'ils soient ou non russes. Nul ne devrait ignorer que les GAFAS ( les Géants de l'internet) américains ont depuis des années une mission militaire liée étroitement à celle des Agences américaines de renseignement et de cyber-guerre telles que la NSA ou la CIA. Celles-ci utilisent depuis des décennies l'accès aux communications entre personnels des armées qui s'abstiennent d'utiliser des réseaux cryptés – dont beaucoup d'ailleurs sont couramment décryptés par la NSA et la CIA. Cela n'aurait pas du échapper aux militaires français, ne fut-ce quand ils échangent entre eux ou avec leurs familles de simples messages relatant des événements apparemment inoffensifs de leur vie militaire ou même civile.


Le profane peine à imaginer que ces millions de messages sont examinés en permanence par des logiciels intelligents mis au point par les agences de renseignement américaines. De ce « screening » incessant, le même profane n'imagine pas le nombre d'informations sensibles intéressant les opérations militaires françaises ou les équipements des forces armées qui vont directement informer les services de renseignement militaires américains. Ceux-ci, on le suppose, savent en faire un bon usage, au détriment le plus souvent des forces françaises, des matériels de guerre utilisés par ces dernières ou des industriels français travaillant pour la Défense.

On conçoit cependant que Florence Parly, à supposer qu'elle ait été informée de cet état de choses, ne pouvait se permettre de mettre en garde contre un danger d'espionnage et de désinformation provenant des GAFAS, dont les versions francophones sont considérées en France comme de véritables institutions, et par conséquent intouchables.

 

 

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