Gilets jaunes. Mieux répartir le poids des sacrifices.

Les manifestant(e)s qui se revendiquent du mouvement des Gilets Jaunes appartiennent pour l'essentiel à ce que l'on nommer les classes moyennes aux revenus dits modestes, qu'elles vivent dans les villes, dans les campagnes ou dans les quartiers péri-urbains.

 Ces quartiers s'étendent désormais sur des superficies considérables, car les villes sont en proie à la spéculation foncière qui réservent les « beaux quartiers » et les centres-villes à de petites minorités disposant de hauts revenus.

Or que demandent ces Gilets Jaunes ? Leurs revendications sont nombreuses, mais l'essentiel de celles-ci concernent l'exigence que les sacrifices qui s'imposeront de plus en plus à un pays comme la France confronté à des événements destructeurs mais inévitables tels le réchauffement climatique ou le poids de l'immigration africaine ne portent pas seulement sur ces classes moyennes à revenus modestes. En effet, les classes moyennes aux revenus plus élevés et les classes riches refusent dans le système politique actuel d'en prendre la moindre part.

C'est ainsi que la hausse du prix des carburants décidée par Emmanuel Macron au prétexte apparemment légitime de lutter contre la consommation de pétrole contribuant au réchauffement climatique ne touchent que ceux obligés par la spéculation foncière de quitter les centre-villes. Ils doivent inévitablement pour se déplacer afin d'aller travailler ou de s'approvisionner utiliser des automobiles sur des distances de plus en plus longues. Ces véhicules sont par ailleurs anciens et ne sont pas pourvus de moteurs modernes conçus pour réduire la consommation d'essence.

Or dans le même temps les classes favorisés ne font rien pour limiter leurs propres consommations de carburants. C'est ainsi que les compagnies aériennes ont observé récemment que le nombre des vols provenant des pays européens ne cesse d'augmenter. Or de tels vols consomment infiniment plus de kérosène qu'une automobile. Mais ce ne sont pas les Gilets jaunes à revenus modestes qui prennent régulièrement l'avion. En bonne logique, il faudrait en France taxer suffisamment les billets d'avion pour entraîner une réduction sensible de l'utilisation de ce mode de transport. Inutile de dire que rien de tel ne sera fait, face à la résistance des classes favorisées qui veulent continuer à prendre l'avion.

Il en sera de même de l'immigration. Le poids de l'accueil des immigrés et de la prise en charge de leurs dépenses sanitaires portera uniquement sur les petites villes et leurs hôpitaux. La hausse des cotisations sociales qui en résultera ne pénalisera que les classes à revenu modeste. Les classes aisées pourront toujours faire appel à la médecine privée.

Il en sera de même des réductions de service public que le gouvernement Macron a décidé de faire au prétexte de diminuer le déficit budgétaire. Ce seront les Gilets Jaunes qui en supporteront seuls le poids. Ils ont suffisamment de formation politique pour comprendre que les centaines de milliards échappant aujourd'hui à l'impôt du fait de la fraude fiscale augmenteront encore avec la réduction des services fiscaux.

Sera-t-il possible, objectera-t-on, de mieux faire partager, y compris aux riches, le poids des sacrifices à faire ? On répondra que cela ne le sera pas sans une véritable révolution sociale. Aucun pays au monde n'en a donné l'exemple. Mais pourquoi la France, qui étonne déjà avec le phénomène des Gilets Jaunes, n'inventerait-elle de nouvelles formes de révolution sociale? Celles-ci seraient telles qu'à l'avenir les revendications des Gilets Jaunes deviendraient sans objet . 

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