Spatial: domination américaine réaffirmée

L'on sait depuis les origines des politiques spatiales que les Etats-Unis avaient décidé de faire du spatial un domaine stratégique entièrement sous leur contrôle. C'est ce que résume le concept dit de « full spatial dominance ». Donald Trump vient d'en réaffirmer la nécessité 1).

Il montre en cela qu'il est toujours, malgré certaines décisions jugées étranges, totalement sous le contrôle du complexe scientifico-militaro-industriel américain. Dès le début de la guerre froide, Washington et le Pentagone ont toujours considéré qu'il s'agissait d'un élément essentiel à la lutte, sinon à la destruction, de la Russie. Le débarquement sur la Lune, décidée par J.F. Kennedy, n'avait pas d'autre but, sous l'apparence d'une intention scientifique.

Cette domination du spatial a d'abord pris la forme d'une exploitation militaire de l'Espace. Les satellites militaires américains ne se comptent plus, de même que leurs applications stratégiques multiples. Mais tout ce qui est considéré comme relevant du spatial scientifique, au delà d'un intérêt propre pour la connaissance de l'espace et de l'univers, est également largement financé par l'Etat profond américain au regard de ses implications en faveur de l'industrie de défense.

A cet égard, la Nasa, malgré son petit budget de $2 milliards, en a toujours constitué un élément essentiel – ceci d'autant plus que sous couvert de coopération spatiale, elle permet un espionnage scientifique sans égal. Il en est de même des réalisations de l'industrie spatiale américaine. Eon Musk ne s'en cache pas, au contraire. Il utilise l'argument pour obtenir des aides considérables de l'Etat.

On ne doit pas oublier non plus que les Grands de l'Internet américain, qui fonctionnent principalement avec l'aide du spatial américain, sont un élément essentiel pour formater les consciences mondiales au profit de la puissance américaine.

A terme enfin, la course pour un retour sur la Lune, puis un débarquement sur Mars, vise à faire de ces planètes de nouvelles colonies américaines. Si à la suite d'une série de catastrophes, en partie d'ailleurs provoquées par eux, ne survivaient dans le système solaire que quelques dizaines de milliers d'humains éventuellement « augmentés », ils porteraient tous la bannière étoilée.

La Russie puis la Chine l'ont bien compris. Mais les moyens qu'elles peuvent dégager au profit de leurs projets spatiaux restent bien inférieurs à ceux des Etats-Unis. De plus, le retard qu'elles ont pris ne se rattrapera pas, compte tenu des délais nécessaires à la réalisation de nouveaux programmes.

Une « force armée spatiale » américaine .

La création d'une sixième branche des forces armées américaines, qualifie de « Space Force », que vient d'annoncer Donald Trump, met en évidence la volonté américaine de militariser complètement et définitivement l'espace. Ceci signifie nécessairement en éliminer progressivement Russie et Chine, sans mentionner d'autres puissances qui auraient la volonté d'y jouer un rôle. Rappelons à cet égard que l'Agence spatiale européenne avait dès le début refusé de s'impliquer dans des objectifs militaires. Ceci aurait fortement déplu au Pentagone, qui veut rester maître du jeu. La France s'est dotée de quelques petits satellites militaires, mais aux ambitions très limitées.

Trump n'a pas caché l'objectif de Washington et du Pentagone de maintenir et renforcer la pleine domination spatiale américaine. Que se passerait-il si celle-ci entrait en conflit direct, éventuellement au plan militaire, avec la Russie et la Chine ?

Compte tenu de l'importance de l'Espace, celles-ci ne pourraient pas ne pas riposter. Il en résulterait inévitablement une guerre mondiale. Mais le risque n'est pas plus grand, diront les optimistes, que ceux découlant des affrontements dans le domaine nucléaire.

1) https://www.bbc.com/news/world-us-canada-44527672

 

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