L'indépendance d'Interpol. Ne pas se faire trop d'illusions

Rappelons que depuis septembre 2018, le président d'Interpol Meng Hongwei, de nationalité chinoise, avait disparu. Par la suite, le gouvernement chinois a indiqué que Meng Hongwei avait été arrêté à Pékin, officiellement pour avoir touché des pots-de-vin.

Aujourd'hui son épouse, qui vivait avec lui a Lyon, a indiqué que l'ancien président d'Interpol aurait victime d'une purge politique. Elle a porté plainte et demande l'asile en France, au prétexte qu'ayant avoir été plusieurs fois menacée par des individus suspects, elle craignait à son tour d'être enlevée.

Cet événement ouvre les yeux de ceux qui pensaient que sous la présidence à vie de Li Jinping, la Chine allait devenir un peu plus ouverte à ce que l'on appelle en Occident des droits de l'homme. Certains pensaient que les forces politiques, notamment militaires et industrielles, qui avaient porté Li au pouvoir, souhaiteraient se donner un visage plus fréquentable.

Nul n'ignorait cependant que Li Jinping ne s'était pas imposé par une démarche relativement démocratique, mais au terme d'un combat impitoyable entre ses prédécesseurs et son propre clan. Par ailleurs, ceux qui l'avaient félicité de mener une lutte ferme contre la corruption endémique, quasi institutionnelle, qui continue à ravager ce pays, au plan national comme régional, sont obligés de jeter un regard plus réaliste sur ce que sera la vie politique en Chine. Un pays qui est, ou sera bientôt, la plus grande puissance économique du monde, ne le fera pas d'une façon pouvant être donnée en exemple aux autres pays en terme de lutte contre la corruption.

Interpol

Plus précisément, l'affaire Meng Hongwei jette une lumière crue sur les relations entre Interpol et les 194 pays qui participent à son fonctionnement. Rappelons qu'avec plus d'un millier de fonctionnaires, Interpol est l'une des plus grandes organisations internationales. Il s'agit d'un organisme de coopération policière qui relie 194 pays membres. Son siège se situe à Lyon en France. Son rôle principal est de signaler à tous les États membres les personnes qui font l'objet d'un mandat d'arrêt dans un de ces Etats et dont la police ou la douane de ce pays ont perdu la trace.

De cette façon, un autre pays ayant identifié l'individu sur son territoire, notamment à la suite d'une enquête policière, peut procéder à son arrestation en attendant de le livrer éventuellement à la police du pays ayant lancé le mandat d'arrêt. Interpol ne peut déclencher ni enquêtes ni poursuites, mais dispose de plusieurs bases de données, dont un fichier spécial pour les groupes radicaux, et d'autres contenant des dizaines de milliers de photos ou d'empreintes digitales.

Le fonctionnement d'Interpol repose sur les apports volontaires des Etats membres ou de différentes grandes entreprises, tant en personnels qu'en crédits. Ceci peut faire suspecter dans certains cas son indépendance. C'est ainsi qu'il est légitime de s'interroger sur l'intérêt soudain des Emirats Arables Unis pour la lutte contre le crime transnational qui a justifié de sa part l'apport récent d'une subvention considérable de 50 millions de dollars.

Le plus souvent, Interpol s'acquitte convenablement de sa mission.. L'organisation est depuis longtemps considérée comme indispensable dans la lutte contre le crime organisé, qui opère généralement d'une façon transfrontalière. Il l'est de plus en plus aujourd'hui dans la lutte contre le terrorisme international. Ceci ne veut pas dire que les polices nationales, notamment en Europe, puissent lui faire entièrement confiance.

Il est évident que des fonctionnaires d'Interpol peuvent être sensibles aux pressions qu'exercent sur eux les services des gouvernements auxquels ils appartiennent. De la sorte, ils ne montrent pas, c'est le moins que l'on puisse dire, un zèle exemplaire dans la transmission d'informations concernant des trafics divers pouvant intéresser des autorités ou des entreprises de ces pays.

L'enlèvement de Meng Hongwei à l'instigation de Pékin oblige à considérer avec plus de réalisme l'indépendance d'Interpol dans les affaires policières et économico-financières mettant directement en cause les intérêts des Etats membres.

Pour en savoir plus

A la date du 20/01/2019, on peut lire sur cette affaire deux enquêtes intéressantes diligentées très récemment par France Culture

https://www.franceculture.fr/geopolitique/les-dessous-de-la-disparition-du-president-chinois-dinterpol

https://www.franceculture.fr/geopolitique/fondation-interpol-des-financements-prives-qui-interrogent

 

 

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