France Allemagne. Difficile consensus

On lit sur le site de Social Europe un article précisant ce que pourraient les réponses de l'Allemagne aux propositions qu'Emmanuel Macron vient de faire diffuser en plusieurs langues, le 4 mars 2019, à l'intention de tous les citoyens européens dans le cadre de son rapport intitulé Pour une rénovation de l'Europe.

Voir Pour une rénovation de l'Europe

Comme l'indique l'article de Social Europe, la secrétaire générale de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, dite AKK, qui succédera très probablement à l'actuelle Chancelière Angela Merkel, vient de diffuser une réponse à Emmanuel Macron, publiée en 5 langues, intitulé dans la version française « Faisons l'Europe comme il faut » On peut le lire à l'adresse https://www.cdu.de/artikel/faisons-leurope-comme-il-faut-getting-europe-right

Il est possible, comme le fait l'auteur de l'article de Social Europe, considérer que cet échange de propositions marque l'émergence de ce qu'il appelle un Espace Public européen. Ceci serait une bonne chose, dans une Union Européenne principalement occupée jusqu'à ce jour par la mise en place d'une zone de concurrence libre et ouverte, où la principale mission des gouvernements serait de relayer l'influence de Washington et du Pentagone.

Encore faudrait-il que les deux Etats, France et Allemagne, qui joueraient un rôle essentiel dans cet Espace Public Européen, s'entendent sur un minimum d'orientations communes.

Ceci sera difficile à préciser concrètement. Le rapport d'Emmanuel Macron, comme nous l'avions précédemment indiqué, n'est qu'une suite de vœux pieux , Liberté, Protection sociale, Progrès n'indiquant pas de quelle façon la France pourrait les faire accepter et surtout les faire prendre en compte au plan pratique par les autres Etats européens. Quant au rapport d'AKK , au delà d'objectifs de bon sens communs tels que combattre l'évasion fiscale, il évoque trois impératifs qui, bien que restant là encore très généraux, semblent assez éloignés de ceux d'Emmanuel Macron. Ils semblent même être en désaccord.

AKK évoque trois impératifs pour l'Europe. Le premier consiste à respecter les « idiosyncrasies » c'est-à dire les spécificités des Etats d'Europe Centrale et d'Europe de l'Est, que Macron ne mentionne même pas.,, sans doute du fait qu'il connaît mal ces Etats, au contraire de l'Allemagne. Le second est que selon elle l'Europe doit prendre au sérieux les ambitions de ces Etats tenir compte de l'islamophobie de leurs population et leur refus de l'immigration musulmane provenant notamment du Moyen Orient. Le troisième est que le rythme d''intégration de l'Europe devra inévitablement s'aligner sur celui des plus lents.

Par ailleurs, AKK évoque le besoin de prendre en compte trois points sur lesquels la France reste et restera certainement opposée : un siège permanent commun franco--allemand au Conseil de Sécurité, la remise en cause du statut de Strasbourg comme siège du Parlement européen et l'étendue de la politique agricole commune.

Beaucoup en France, et pas seulement l'actuel gouvernement, verront dans ces propositions d'AKK une preuve de l'outrecuidance allemande. D'autant plus que l'Allemagne voit actuellement sa balance commerciale favorable à l'exportation mise en difficulté, notamment du fait de la politique protectionniste de Donald Trump, et son incapacité permanente à se doter d'industries stratégiques innovante, tant dans le civil que dans le militaire, qui ont toujours fait la force de la France.

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