Actualité. Visite de Xi Jinping en Italie et en France du 21 au 26 mars

Pourquoi la Chine manifeste-t-elle aujourd'hui un intérêt particulier pour l'Italie et la France avec la visite du président chinois ? Il conviendra d'attendre les comptes-rendus de cette visite pour en discuter de façon mieux informée.

 

Disons seulement qu'au lieu de se rendre à Bruxelles, siège de l'UE ou à Berlin dont les projets d'accords commerciaux avec la Chine sont importants, il a choisi deux pays dont les perspectives de relations avec la Chine sont quasiment opposées.

L'Italie, qui acceptera très prochainement de jouer le rôle de principal terminal européen pour la BRI (Belt and Road Initiative), et qui éprouve actuellement des difficultés économiques du fait de l'ostracisme que manifestent les Européens et les Etats-Unis à l'égard de son gouvernement dit populiste, a tout intérêt a encourager des investissements chinois dans le pays, sans vouloir tenir compte des « menaces » que représenterait le « géant chinois » pour l'économie du pays et pour la souveraineté européenne. La visite de Xi Jinping permettra certainement d'encourager de nombreux autres accords commerciaux avec l'Italie, notamment en matière d'équipements portuaires, d'énergie et de transports.

De son côté, la France avait été identifiée comme le principal partenaire de Pékin à la suite de l'élection d'Emmanuel Macron. La visite d'État de ce dernier en Chine en janvier 2018 avait suscité à Pékin l'espoir que non seulement la France adhérerait à la BRI, mais qu'elle aussi rechercherait des accords économiques avec la Chine, entraînant avec elle l'ensemble de l'UE. Aujourd'hui il n'en est rien. En préparation de la rencontre avec XI Jinping, où il sera accompagné d'Angela Merkel et un peu plus tard de Jean-Claude Junker, Emmanuel Macron a fait diverses déclarations voulant avertir du danger que représenterait une ouverture de l'Europe à la Chine sans précautions ni garanties réciproques, l'Europe n'étant pas pour le moment capable d'équilibrer le poids chinois.

La Commission avait précédemment publié un Plan d'action en dix points face à la Chine (non accessible ici) très largement à l'initiative de la France. Ce plan recommandait notamment de restreindre l'accès des firmes étrangères (essentiellement chinoises) aux marchés publics européens, qui représentent une valeur de 2.400 milliards d'euros, si les Etats d'origine de ces firmes usaient, dans leurs propres marchés publics, de pratiques discriminatoires envers des entreprises de l'UE, auquel cas, une pénalité pouvant atteindre 20% serait appliquée aux soumissions étrangères lors d'appels d'offres. Plusieurs Etats-membres avaient déjà laissé entendre qu'ils n'appliqueraient pas ce plan.

Avant l'arrivée de XI Jinping, Emmanuel Marcron avait cependant adopté un langage plus conciliant. Il vient d'annoncer que la visite du président chinois serait une opportunité pour l'Europe de mieux expliquer sa stratégie à l'égard de la Chine. Celle-ci viserait notamment à appliquer le multilatéralisme, autrement dit à rechercher des accords au niveau européen et non au niveau de certains Etats seulement. On peut douter que le gouvernement italien reprenne un tel discours.

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