Amorce d'un budget européen commun.

A juste titre, les médias ont signalé que lors d'un conseil des ministres des finances franco-allemand du 21 au 22 juin à vendredi 22 juin, les deux pays se sont engagés sur un accord mettant fin à huit années de crise, d'austérité et de plans de sauvetage pour la Grèce. Cet accord, qui inclut un dernier allègement important de la dette d'Athènes, a été conclu après plus de six heures de réunion

 

Mais il a moins été parlé du fait que deux jours auparavant, Emmanuel Macron avait obtenu l'accord d'Angela Merkel pour une réforme censée mieux protéger la zone euro des crises, avec notamment la création d'un budget commun, dont le montant reste encore flou.

Ce budget, se voulant autonome, c'est-à-dire ne dépendant pas de la bonne volonté des Etats, autrement dit disposant de recettes et dépenses propres, pourrait être mis en place en 2021, à condition qu'il reçoive aussi le feu vert des dix-sept autres pays de la zone euro. Il devrait être décidé au niveau du Conseil européen et géré par la Commission européenne.

Selon Emmanuel Macron, il aura pour fonction d'aider les pays lorsqu'ils font face à des difficultés. Il permettra notamment de compenser en partie les divergences entre économie des Etats dit riches et les autres. Il pourra être alimenté par des transferts venant des budgets nationaux ou par des ressources propres comme une taxe sur les transactions financières. Les décisions sur les dépenses reviendraient aux pays de la zone euro, son exécution à la Commission européenne.

Le budget risque de n'avoir qu'en effet d'annonce. La France voulait qu'il soit doté de plusieurs centaines de milliards d'euros, l'Allemagne n'a donné son accord que pour quelques dizaines de milliards. Elle a aussi depuis longtemps rejeté l'idée française d'un ministre des Finances ou d'un parlement de la zone euro. Angela Merkel refuse en effet l'idée d'une "union de transferts", dans laquelle les pays les plus "vertueux", au sens allemand, prendraient en charge les déficits de ceux ne se préoccupant pas en priorité d'équilibrer leurs budgets, comptant sur l'endettement. Comme l'Allemagne, huit Etats du nord de l'Europe, dont les Pays-Bas, l'Irlande, la Finlande et les pays baltes s'étaient précédemment exprimé contre un projet de budget en partie mutualisé.

Le document commun publié au terme de la réunion appelle aussi à une harmonisation fiscale des entreprises, permettant d'éviter les montages d'évasion fiscale, et un accord de l'Union concernant la fiscalité appliquée au secteur numérique. Là encore, il n'y a guère d'espoir pour qu'une positon commune soit adoptée, des pays comme l'Irlande et le Luxembourg craignant qu'une telle imposition au seul niveau européen ne mette en péril leur capacité à attirer les multinationales de ce secteur. Pour être clair, il faut comprendre que ces pays vivent largement de l'évasion voire de la fraude fiscale. Ils n'ont guère l'intention de devenir vertueux.

Plus généralement, l'Union européenne ne deviendra une puissance internationale capable de dialoguer en quasi égalité avec les Etats-Unis et les pays du Brics que si elle s'engageait dans d'imortants programmes d'investissements d'avenir et de recherche scintifique. Mais cela, Washington, qui persiste à considérer l'Europe comme une quasi-colonie, ne l'acceptera jamais. Ce ne seront pas Emmanuel Macron ou Angela Merkel, largement sous influence, qui s'y opposeront.

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