Trump et Bolsonaro affichent leurs complètes convergences

Peu d'échos ont été donnés en France à la rencontres du 19 mars entre Donald Trump et Jair Bolsonaro, désormais président d'extrême droite d'un Brésil ayant soutenu précédemment le Parti des Travailleurs de Lula, désormais en prison à vie, puis de Dilma Roussef.

Celle-ci, faut-il le rappeler, avait été accusée sans preuves de corruption par des adversaires politiques eux-mêmes corrompus jusqu'aux os. Un véritable coup d'Etat institutionnel avait permis de la renverser.

Cette rencontre et leur complicité affichée à mis en évidence le fait que les Etats-Unis ont toujours considéré le Brésil comme une plate-forme pour étendre leur contrôle sur l'ensemble de l'Amérique Latine. Ils ont toujours voulu par ailleurs s'en servir pour contrer le rapprochement du continent avec la Chine et la Russie, qu'avait précédemment mis en évidence l'alliance stratégique dite BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud).

Vu le poids des intérêts pétroliers et industriels américains dans l'économie brésilienne, il était évident que le Brésil n'allait pas tardé à rentrer sous la dépendance américaine. C'est fait désormais. Nul n'ignore que les votes politiques favorables à Jair Bolsononaro avaient été obtenus grâce aux millions de dollars dépensés par la CIA américaine pour acheter le soutien des classes favorisés brésiliennes. Le peuple misérable des favellas n'a pas eu la parole. Aujourd'hui il est temps pour Bolsonaro de rembourser, si l'on peut dire, sa dette.

Pour ce faire, il a choisi Washington comme destination de son premier voyage diplomatique. Ce que l'on sait de leurs entretiens a mis en évidence leur accord complet, tant sur le plan de la politique intérieur que sur la diplomatie. Sur ce dernier point et concernant la situation vénézuélienne, ils ont renouvelé leur appel à une démission du président Maduro. Durant la conférence de presse des deux présidents, Trump à de nouveau appelé les militaires vénézuéliens à mettre fin à leur soutien à Nicolas Maduro. Si Bolsonaro n'est pas a priori favorable à une intervention militaire, il entend lui aussi faire pression sur le gouvernement du Venezuela, notamment via le soutien à Juan Guaido.

Sur le Proche Orient,Bolsonaro a rappelé son projet de transfert de l'ambassade brésilienne à Jérusalem. En fin d'année 2017, Donald Trump reconnaissait Jérusalem comme capitale d'Israël pour y déplacer quelques mois plus tard l'ambassade américaine.  Cette décision avait fait l'an dernier l'objet de manifestation de la part des Palestiniens qui furent violemment réprimées par l'armée israélienne.

Plus inquiétant pour les citoyens européens, Donald Trump a rappelé qu'il entend proposer une alliance du Brésil avec l'OTAN. L'adhésion du Brésil à l'OCDE a aussi été évoquée. Celle-ci confirmerait le projet libéral de Bolsonaro : une série de recommandations visant à demander, en échange de l'adhésion du Brésil, l'application d'un programme d'austérité s'attaquant principalement au système de redistribution (retraites, dépenses sociales...) afin de réduire le déficit. C'est en partie aujourd'hui le programme d'Emmanuel Macron en France.

Sur les sujets de politique intérieur, au-delà des politiques néo-libérales, les deux présidents s'entendent sur de nombreux thèmes : combattre les politique de mariage pour tous (anti-LGBT), combattre les contraintes écologistes et promouvoir les armes à feu. Lors de la conférence de presse, Bolsonaro a  déclaré, suscitant des marques d'approbation de Donald Trump : 

« Le Brésil et les États-Unis se tiennent côte à côte dans leurs efforts pour renforcer les libertés dans le respect des styles de vie traditionnels, dans le respect de Dieu notre créateur, contre l'idéologie du genre, contre le politiquement correct et contre les fake news », ces deux derniers termes signifiant en fait un renforcement de la censure.


 

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