Bientôt des modifications durables du cerveau.

Il est indéniable que de plus en plus, des laboratoires militaires comme de grandes entreprises internationales chercheront à transformer le cerveau humain en y introduisant ce que l'on nomme des BCI ou Brain Computer Interface.

On pourrait espérer que de tels BCI, aussi brutal que soit le procédé, chercheraient à rendre des humains plus conscients, plus responsables et par ailleurs plus intéressés par les sciences fondamentales que par les publicités commerciales. Mais il faudrait que les pouvoirs qui gouvernent les sociétés actuelles poursuivent ces objectifs humanistes, autrement dit qu'ils consacrent plus de crédits à des laboratoires universitaires supposés préoccupés de l'intérêt général qu'ils ne le font actuellement. Ce qui n'est évidemment pas le cas. L'argent va au profit immédiat et non à la philanthropie désintéressée. 

L'actualité récente donne un exemple de telles transformations avec le système dit Neuralink.  Elon Musk en avait financé la création il y a quelques mois, mais sans donner de précisions à ce sujet. Il avait jusqu'ici consacré ses indéniables capacités personnelles à des réalisations très innovantes mais essentiellement commerciales, malgré leurs contributions, entre autres, aux capacités de la Station Spatiale Internationale. Il vient de préciser dans une conférence publique les projets qu'il assigne à Neuralink.

La société vise à développer des composants électroniques pouvant être intégrés dans le cerveau, par exemple pour augmenter la mémoire, piloter des membres artificiels tels que des bras ou des jambes, et surtout rendre le cerveau plus compatibles avec les systèmes futurs d'Intelligence Artificielle Augmentée qu'il se propose aussi de financer. Ces objectifs n'ont en soi rien d'inquiétant. Les BCI font partie des nombreuses transformations que diverses technologies imposent actuellement à l'homme et qui en font progressivement un homo technologicus de plus en plus éloigné de l'homo sapiens d'origine, fut-il sapiens sapiens.

Néanmoins l'introduction directe transcranienne de divers composants électroniques peut légitimement inquiéter. Certes le projet Neuralink ne propose pas des trépanations importantes. Elles se feraient dans des parties de la boite crânienne facilement accessibles n'imposant pas de dommages aux zones cérébrales adjacentes. Il s'agirait par ailleurs d'introduire

de petits fils d'une épaisseur de 1/20ème de cheveux (soit environ 4 micromètres) regroupés dans une puce de 96 fils avec chacun 36 électrodes, soit 3072 électrodes.  Le système sera relié au monde extérieur par un boîtier positionné derrière l'oreille et relié en USB-C à un ordinateur  ou ultérieurement par une liaison sans fil. Ce serait Neuralink qui fabriquera ces puces.

Des systèmes moins ambitieux sont déjà expérimentés chez des rats dans le but afin notamment de lutter contre les dommages de la maladie de Parkinson. Si jusqu'à présent un neurochirurgien assure le contrôle du robot en charge de cette introduction pour diminuer les risques d'erreurs et avoir une meilleure précision, Elon Musk a présenté un nouveau robot autonome capable de réaliser seul l'opération. Après avoir percé 4 trous de 8mm dans le crâne d'animaux tels que des rats, le robot est venu disposer les fils dans les différentes aires du cerveau en quelques minutes.

Neuralink devra également trouver une solution au rejet de la puce par le système immunitaire qui considère les fils de la puce comme un corps étranger dont il faut se débarrasser, comme dans le cas de certaines greffes, en les entourant de tissus cicatriciels.

Nous n'en dirons pas davantage ici. Chacun pourra réfléchir aux avantages et aussi aux inconvénients de systèmes tels que Neuralink.

Pour en savoir plus

voir https://www.neuralink.com/

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