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Le Club de Mediapart jeu. 11 févr. 2016 11/2/2016 Dernière édition

Le coup de tonnerre néerlandais


Henri Guaisno, présenté comme « la plume » de l'actuel président de la République, a violemment mis en cause sur France Inter le 24 avril le très estimé chroniqueur Bernard Guettat...Il lui a reproché d'avoir dans sa rubrique « Géostratégie » du même jour rapporté ce que peuvent constater tous ceux qui se donnent le mal de lire la presse internationale: beaucoup de responsables politiques européens attendent avec le plus grand intérêt ce que sera le résultait définitif des élections présidentielles françaises.

Pour eux, le dilemme est le suivant: ou bien Nicolas Sarkozy est reconduit, et la politique d'économies forcées et d'étranglement de la croissance impulsée par le duo-Merkel Sarkozy sera poursuivie avec les dégâts que l'on sait, ou bien François Hollande devient président de la République et, comme il l'a dit dès le soir même de sa désignation pour le 2e tour (voir notre éditorial du 22/04/2012 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=894&r_id= ) la France entreprendra, avec l'Allemagne mais aussi les autres pays européens et les institutions de Bruxelles, une renégociation des accords intergouvernementaux et des traités de façon à rendre possible des politiques d'investissement et de croissance.

On aurait pu penser que, lorsque cette promesse avait été évoquée par François Hollande, les gouvernements européens, en majorité conservateurs, l'avaient reçue avec méfiance, sinon hostilité. La France n'ouvrirait-elle pas la porte aux demandes des partis libéraux et sociaux-démocrates qui supportent de moins en moins une recherche sans fin de privatisations et d'économies sous la pression des marchés, c'est-à-dire des forces économiques mondiales déniant aux Européens la possibilité de l'indépendance et de l'investissement. Beaucoup de citoyens européens eux-mêmes, au moins dans les pays les moins touchés par la crise, ne s'étaient-ils pas persuadés, les yeux fixés sur le prétendu « exemple allemand » que les économies forcées sont la seule façon du redressement.

Or le lendemain 23, un vrai coup de tonnerre s'est produit à La Haye. Le gouvernement néerlandais minoritaire a présenté sa démission après l'échec des pourparlers sur un plan de réduction du déficit public des Pays-Bas. Le Premier ministre Mark Rutte, chef du parti libéral VVD, a informé la Reine du refus de sa coalition face aux mesures d'austérité destinées à ramener le déficit sous la limite fixée par le Pacte de stabilité, 3% du Produit intérieur brut (PIB). Il s'était heurté au départ de son principal allié politique, l'eurosceptique et populiste Geert Wilders du parti pour la liberté (extrême droite). Ce dernier a expliqué « que le respect aveugle des règles européennes était stupide et nuirait à l'économie néerlandaise ». L'opposition partage le même point de vue. Diederik Samsom, chef du parti travailliste a laissé entendre qu'il ne s'agirait pas de ramener le déficit dans les critères de Maastricht l'an prochain. Pour les travaillistes, l'enjeu n'est pas de demander la sortie de l'euro et moins encore de l'Union européenne, mais seulement de reconsidérer les conditions de l'équilibre et de la croissance au sein de l'Union.

Cette démission, qu'elles qu'en soient les suites, aura des répercussions dans toute l'Europe, y compris dans la « prospère » Allemagne. Les gouvernements, fussent-ils conservateurs, ne pourront plus fermer les yeux sur les mesures d'austérité qui sont imposées par des économistes et hommes politiques au service des intérêts financiers, de Wall Street et de Pékin. Accepter de ruiner toute l'Europe comme la Grèce est en train de l'être, pour que ses atouts scientifiques et industriels soient rachetés à bas prix par les multinationales et les puissances émergentes, relève d'une politique de quasi haute trahison. On peut s'étonner qu'elle soit encore supportée, tant chez nos voisins qu'en France.

Or si la France, à la suite du changement politique que déclencherait l'élection de François Hollande le 6 Mai, montrait que des mesures d'investissements étaient la meilleure solution pour assurer une croissance respectueuse de l'environnement, si elle obtenait que de tels investissements soient pris en charge par la Banque Centrale Européenne, si elle négociait l'accord de ses principaux voisins pour qu'une politique commune économique et sociale se mette en place pour valoriser ces investissements, le sort de l'Europe serait changé. L'Union Européenne, au lieu de devenir comme elle est en train de l'être, la bête noire des peuples, deviendrait leur alliée.

On comprend à la lumière de ces évènements quelle responsabilité pèsera dans quelques jours sur les électeurs français, puis sur les socialistes s'ils accèdent au pouvoir. On comprend avec quelle espérance inquiète leurs premiers pas seront suivis, en Grèce, en Espagne..., et même dorénavant en Hollande et en Allemagne.

Certes, l'Europe ne deviendra pas d'un seul coup la puissance fédérale idéale telle que la décrit Mathieu Pigasse dans son livre « Révolutions » (Plon) dont nous conseillons la lecture à tous les eurosceptiques. L'auteur montre comment, si les peuples d'Europe acceptaient de se coordonner dans une structure fédérale, sans pour autant perdre leurs spécificités, ils feraient au 21e siècle la découverte qu'ont faite après 1789 les provinces françaises: la grandeur du groupe nait de la coopération des composantes. Il faudra sans doute encore beaucoup d'années, d'épreuves et de menaces extérieures pour que les Européens s'en persuadent, et que les plus riches d'entre eux acceptent des transferts au bénéfice des plus pauvres.

En attendant, il nous appartient de faire en sorte que ce qui sera peut-être un « modèle français de croissance » réussisse et fasse des émules.

Jean-Paul Baquiast
24/04/2012

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L'auteur

Jean-Paul Baquiast

Editeur du site Europesolidaire.eu et co-éditeur du site Automates Intelligents.com

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