Sortir de l'UE, non. Dissoudre l'UE, oui.

L'Union européenne (UE) a été aux origines imposée par les Etats-Unis pour éviter que les Etats aient des politiques internationales indépendantes pouvant pour certains les rapprocher de Moscou. Ceci demeure vrai. Le meilleur défenseur de l'UE est aujourd'hui Washington.

 Mais aujourd'hui la défense de l'UE est le fait d'un groupe de technocrates devenus indépendants des Etats et cherchant à priver ces derniers de leurs pouvoirs pour les exercer à leur place. On les trouve plus particulièrement au sein de la Commission européenne.

On pourrait parler à cet égard de l'installation d'un mini-Empire autoritaire qui cherche à s'approprier les ressources et les compétences des Etats membres. Il existe encore bien des résistances nationales mais elles sont déconsidérées dans les opinions publiques au prétexte répété à satiété par Bruxelles qu'elles s'opposent à un prétendu « Grand Projet européen » . Celui-ci devrait permettre à l'Europe de devenir une super-puissance équivalente à ce que sont les Etats-Unis et à la Chine.

Or aujourd'hui, il apparaît de plus en plus à ceux que décourage la dictature de Bruxelles qu'un retour à une Europe des Etats et des nations redonnerait à ceux-ci dans leur diversité leurs capacités créatrices. Cela serait notamment le cas au plan diplomatique, politique, scientifique, économique et finalement culturel au sens large.

Pour le moment les capacités nationales d'innovation dans ces domaines sont constamment condamnées par la caste des Eurocrates comme s'opposant les Etats les uns aux autres et pouvant rétrograder le continent à la situation qui était la sienne entre les deux guerres mondiales. Après 1870 en effet l'empire britannique, l'empire prussien et l'empire français se sont neutralisés respectivement du fait de leurs intérêts et de leurs politiques divergentes. La guerre de 1939-1945 en a résulté, dans laquelle ils se sont auto-détruits, laissant la place à l'empire américain en cours de construction à partir de 1918.

Mais aujourd'hui aucun Etat européen n'a le moindre envie d'éliminer l'un d'entre eux, fut-il puissant comme l'est l'Allemagne. Par contre tous les jours ceux qui veulent voir au delà des mots constatent que l'uniformisation politique, réglementaire et fiscale imposée par Bruxelles décourage l'esprit d'innovation qui exige le plus haut degré de décentralisation et de concurrence institutionnelle possible.

Il serait facile de montrer en termes empruntant notamment à la science anthropologique que ce fut au long des siècles l'audace de quelques individus voulant échapper à l'enfermement au sein d'une sous-espèce dominante qui a fait évoluer l'espèce humaine dans son ensemble. Il en est de même d'ailleurs de l'évolution des autres espèces vivantes.

L'histoire plus récente pourrait montrer la même chose concernant les Empires, leur disparition et leur remplacement par des structures plus adaptées à l'évolution générale du monde. Elle le montre aussi concernant les innovations scientifiques. Celles-ci ne sont pas dues aux membres des Académies des Sciences. Pourrait-on d'ailleurs imaginer de confier à une organisation mondiale telle que l'ONU la responsabilité de l'avenir de l'humanité ou, à une moindre échelle, de définir les orientations de la recherche ou de la technologie ?

Aussi les difficultés que rencontrent aujourd'hui les Britanniques voulant sortir de l'UE montrent seulement que ce désir légitime de développement ne devrait ne pas reposer sur eux seuls, mais être repris et partagés par d'autres pays, y compris ceux qui comme l'Allemagne ou la France sous Emmanuel Macron pensent pouvoir assurer leur avenir au sein de l'UE dans son état actuel. De même, les mouvements politiques qui proposent le remplacement de l'UE par des formes d'unions fédératives beaucoup plus souples paraissent aller dans le sens de ce que pourrait être l'avenir de l'Europe.

Il faut craindre que leur voix soient inaudibles, notamment au cours des prochaines élections européennes.

Note

Sur ce sujet on pourra lire, sans nécessairement approuver tous ses arguments, un article de Ferghane Azihari que vient de publier Le Figaro. L'auteur est analyste en politiques publiques, collaborateur de l'Institut de recherches économiques et fiscales.

Signalons que le contenu du présent article n'est pas nécessairement approuvé par l'ensemble de notre Comité de rédaction

 

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