Créer facilement une entreprise de «pleureuses»

Ces derniers jours deux réflexions touchant au domaine économique et social prennent à mes yeux un relief particulier dès qu’on les rapproche.

Premier sujet : une nouvelle réforme du système de retraite a été annoncée. Les actifs paieront plus, les retraités ne seront pas oubliés dans l’effort de solidarité … et les cotisations patronales augmenteront elles aussi. Qui se met aussitôt à brailler ? Les entreprises, bien sûr, par la voix du président du MEDEF … qui savait pourtant pertinemment que les cotisations nouvelles seraient intégralement compensées par un allègement de même montant sur les cotisations à la « branche famille » afin de ne pas dégrader la compétitivité des entreprises. Comme d’habitude, d’ailleurs, ça s’appliquera à toutes les entreprises y compris toutes celles qui ne sont nullement confrontées à la compétition mondiale. Mais, tout va mieux depuis que Pierre MOSCOVICI est allé faire les yeux doux à Pierre GATTAZ.

Deuxième sujet : Chacun sait que nous sommes le pays le plus bureaucratique au monde. Le dynamisme et les initiatives de nos chefs d’entreprise sont littéralement castrés par une armée de fonctionnaires n’ayant pour objectif que la préservation de privilèges de nantis qui constituent la base électorale d’une gauche ennemie de la libre entreprise.

Ne me dites pas que vous n’avez pas lu ou entendu ces ritournelles maintes fois.

Dans ce contexte, largement amplifié l’an dernier par le fameux « rapport GALLOIS », un gouvernement « de gauche » s’est mis à l’écoute de ces fadaises et a enchaîné deux chocs. Un « choc de compétitivité » consistant à alléger massivement les charges des entreprises. Un « choc de simplification » visant à alléger les procédures dont on nous répète qu’elles freinent les initiatives.

La « France bêlante » approuva du bout des lèvres, tout en indiquant qu’il aurait fallu aller bien plus loin (On peut, par exemple, penser que supprimer les contrôles fiscaux et par conséquent les milliers de contrôleurs des impôts, serait une mesure appréciée … sinon efficace).

Il me semble que des individus aussi dynamiques devraient créer une nouvelle entreprise. On pourrait l’appeler « PLEPIPOU » pour « Pleureuses Pigeons et Poussins ».

Si cette idée intéressait quelqu’un, ce « bureau des pleurs » pourrait être créé en sept jours car, ainsi qu’un rapport d’Ernst & Young l’indique, c’est le temps nécessaire pour créer une entreprise en France au lieu de vingt deux jours en moyenne dans l’ensemble des pays du G20 ! Sept jours ! Ça ne vous rappelle rien ?

« Et le septième jour, il se reposa ».

Le vrai problème français ne serait-ce pas que, sans attendre le septième jour, l’entrepreneur français se met, dès le premier jour, à la recherche d’un paradis fiscal parce qu’il se croit en enfer ? … alors que, sans le savoir, il est justement au paradis.

Un paradis ? N’y vais-je pas un peu fort ? Pas tant que ça, car le chef d’entreprise, s’il paye assurément des impôts, il roule sur des routes publiques payées et entretenues par la collectivité, il a été formé dans une Université ou une Grande Ecole publique qui n’ont pas coûté bien cher à ses parents, s’il est gravement malade il ne déboursera rien pour se soigner etc … comme celui qui n’a que le RSA pour vivre.

Serait-ce cette égalité de tous devant les déplacements, la protection de la santé, l’éducation … qui chagrinerait le futur membre fondateur de « PLEPIPOU » ? Je n’ose le croire, car je sais « qu’il a ses pauvres » … dons déductibles à hauteur de 66 %. 

 Jean-Paul Bourgès 1er septembre 2013

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