Les lois éternelles de l’espionnage

L’espionnage est l’une des activités les plus anciennes auxquelles les hommes se sont livré. Dans un billet récent j’évoquais la Grotte Chauvert où nos très lointains ancêtres ou très lointaines ancêtres … il semblerait, en effet, que les peintres de cette merveille aient été principalement de sexe féminin … peignirent des merveilles.

L’espionnage est l’une des activités les plus anciennes auxquelles les hommes se sont livré. Dans un billet récent j’évoquais la Grotte Chauvert où nos très lointains ancêtres ou très lointaines ancêtres … il semblerait, en effet, que les peintres de cette merveille aient été principalement de sexe féminin … peignirent des merveilles. On peut raisonnablement penser que disposer d’une telle technique picturale valait aux artistes un immense prestige, et que des jaloux devaient vouloir s’emparer des secrets de leurs pigments par toutes les démarches et techniques du parfait James BOND d’il y a trois cent mille ans.

Toute l’Histoire est jalonnée par les prouesses d’espions, parfois des héros envoyés risquer leur vie en s’introduisant chez l’ennemi pour en percer les secrets, parfois des individus sans foi ni loi, exclusivement motivés par le profit qu’ils espéraient tirer des précieuses informations obtenues.

Mais l’une des constantes historiques du recours à l’espionnage, c’est la dénégation du donneur d’ordre lorsque son espion se fait coincer par celui qu’il espionnait.

Je me souviens encore des démentis de Dwight D. EISENHOWER, en  1960, lorsque l’avion-espion U2, avec aux commandes le capitaine Francis G. POWERS, fut abattu au-dessus de l’URSS le 1er mai. C’était juste avant la « Conférence de Paris » où Dwight D. EISENHOWER, Harold MACMILLAN et Nikita Serguéivitch KROUCHTCHEV devaient se retrouver autour de Charles DE GAULLE pour voir comment mettre un terme à la guerre froide. Jusqu’au 7 mai les Américains crurent leur pilote mort et racontèrent des fadaises. Puisqu’ils persistaient à nier l’évidence, Nikita Serguéievitch  KROUTCHCHEV fit capoter une conférence dont, à l’évidence, il ne souhaitait pas le succès.

J’étais alors encore lycéen, je suis maintenant retraité depuis bientôt dix ans.

Dans l’intervalle, la technologie a fait un bond en avant. On a vite abandonné ces avions qui, bien que volant à soixante mille pieds d’altitude, étaient détectables et possibles à détruire en vol. On y substitua des satellites d’observation capables de fournir des photos du sol faisant apparaître des objets de la taille d’une moto. Et puis vint l’heure de la communication et des réseaux, qui enserrent la terre entière dans un filet aux mailles plus fines que ce qu’utilisent les pêcheurs. Désormais ce sont les communications qui peuvent être interceptées sans que l’émetteur du message ou son destinataire puissent s’en rendre compte.

L’espionnage s’est dématérialisé, il s’est fiabilisé, il ne présente plus aucun risque pour l’espion … c’en est fini du romantisme, on ne fusillera plus MATA-HARI à Vincennes.

On est passé dans l’ère du systématique, du technologique, de l’imparable.

La vague liée aux révélations d’Edgard SNOWDEN est passée. Il disait vrai. Chacun tente, avec ses moyens, d’en faire autant. Et Barack H. OBAMA vient d’exprimer le bon sens lors d’une interview à la chaîne de télé allemande ZDF. Il a dit : « Ce n’est pas la peine d’avoir un service de renseignement s’il se limite à collecter ce qu’on peut lire dans le New York Times ou Der Spiegel. La vérité c’est que, par définition, le travail de renseignement est de découvrir ce que pensent les gens et ce qu’ils font ». Et, bien évidemment, Barack H. OBAMA refuse l’établissement d’un accord mutuel de non espionnage avec l’Allemagne. Il accepte juste de renoncer à espionner Angela MERKEL elle-même  … mais pas forcément ceux qui téléphoneront à la Chancelière d’Allemagne !

La phrase est célèbre « Mon Dieu, protégez-moi de mes amis. En ce qui concerne mes ennemis, je m’en occupe tout seul ». Manifestement Barack H. OBAMA la connait et l’applique.

Jean-Paul Bourgès 4 mars 2014

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