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Le Club de Mediapart lun. 29 août 2016 29/8/2016 Édition du matin

Le spectre de Roger SALENGRO ...

… hante-t-il Jean-Luc MÉLENCHON ?

Hier France-2 avait organisé un numéro de cirque médiatique, sur le thème « la gauche contre la gauche » en opposant Jean-Luc MÉLENCHON et Jérôme CAHUZAC. Je n’ai pas regardé cette émission, ni aucune autre d’ailleurs, préférant écrire à des amis et répondre à des courriers.

Ce matin j’ai, cependant, cherché sur internet (Autrement dit sur divers sites d’opinions diverses qui parlaient et donnaient des extraits de ce numéro de Barnum) l’essentiel de ce qu’ils avaient échangé.

Je passe sur le débat technique sur l’économie où l’on voit, cependant, que l’un, en pleine veine Jospiniste explique que l’on ne peut rien faire et que l’autre affirme pouvoir « renverser la table » mais sans réelle réponse à la vraie question : « comment sort-on de l’emprise des marchés ? ». François HOLLANDE, au Bourget, avait déjà dit qu’il n’avait qu’un ennemi … mais sans dire véritablement comment il pensait venir à bout de cet ennemi.

Selon ce que j’ai lu et vu, le seul et vrai problème concret que pose ce débat et la façon dont il a été conduit, c’est le silence absolu de tous les participants … j’ai failli dire « de tous les complices », à propos de la situation tout à fait particulière de Jérôme CAHUZAC.

Certes on a pu voir, dans les divers extraits que j’ai regardés, un homme ne coupant pas les cheveux en quatre, sûr de lui, sans cheveu sur la langue de bois. Mais nul ne s’est étonné, pas même le combattif … pardon le combat-cheveux … Jean-Luc MÉLENCHON, que celui qui représente l’Etat contre l’UBS dans cette odieuse opération de fraude fiscale organisée de façon industrielle, soit aussi soupçonné d’avoir eu un compte dans ce « respectable » établissement helvétique.

Pourquoi se sont-ils tu ? Pourquoi en avaient-ils, bien sûr, convenu avant l’émission, offrant ainsi à Jérôme CAHUZAC cette assurance de vie politique éternelle qui lui permit de rejeter Jean-Luc MÉLENCHON dans cette insignifiance moderne « d’homme seul » ?

Je ne vois qu’une explication, c’est le spectre de Roger SALENGRO, Ministre de l’Intérieur en 1936.

Pauvre Roger SALENGRO, faussement accusé d’avoir déserté, alors qu’au péril de sa vie, le 7 octobre 1915, il avait tenté d’aller chercher entre les lignes le corps d’un ami tombé la veille … et qui fut fait prisonnier. De trois ans de captivité, où son caractère lui fit endurer sanctions et brimades, il revint en pesant quarante deux kilos. Après avoir tout tenté pour expliquer, démentir etc … devant l’acharnement de ceux qui, quatre ans plus tard, pactisèrent avec HITLER et mirent en place la collaboration, il craqua et se suicida dans sa ville de Lille où un passant, dans la rue, venait de lui cracher au visage.

A propos de Jérôme CAHUZAC nous ne sommes pas dans une campagne de diffamation. Nous avons besoin de savoir si le Ministre du Budget est ou n’est pas parfaitement clean en matière fiscale. Il y a des doutes, ils sont, peut-être, infondés et tirés par les cheveux. Ils sont, peut-être, fondés. Il faut que l’on sache et ça n’est pas simplement la personne de Jérôme CAHUZAC qui nous importe, mais la crédibilité d’une politique fiscale qui n’a, pour l’instant, essuyé que des revers et des camouflets.

Jean-Luc MÉLENCHON n’a pas dû vouloir être cet anonyme qui cracha au visage de Roger SALENGRO … on peut le comprendre, mais je ne peux pas l’approuver, car la crédibilité personnelle du Ministre est une chose centrale au moment ou les « fugueurs fiscaux » (Je reprends le terme suggéré par Michel FIZE dans Libé de ce jour) provoquent un pays tout entier.

Jean-Paul Bourgès 8 janvier 2013

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Beaucoup des réactions ne correspondent pas à ce que je pense. Je réponds donc globalement à certaines de ces réactions. Jérôme CAHUZAC n'a peut-être rien fait de répréhensible et il est normal de considérer que, tant que sa culpabilité n'est pas établie, il est innocent. Ce n'est pas à lui de démontrer son innocence, mais à ceux qui lui imputent un comportement de fraudeur ... et à la puissance publique, de le démontrer.

Mais cela nécessite qu'il abandonne, provisoirement au moins, la fonction ministérielle qu'il occupe car il n'est pas "Ministre de l'agriculture" ... il est le patron de l'administration fiscale qui devrait, en toute logique, se mettre à la disposition de la Justice pour que la vérité se fasse.

Quant au parallèle avec l'affaire SALENGRO, l'objectif était justement de montrer que c'était plutôt une perpendiculaire. Accusé totalement à tort ... et tout le monde le savait ... Roger SALENGRO fut victime, jusqu'au moment où il craqua, d'une cabale honteuse. Dans le cas présent, en dehors de Médiapart qui fait son boulot, le reste du monde politique et médiatique reste étrangement silencieux ... comme si la crainte de salir un innocent paralysait les plumes et les langues.

Au delà de toute autre considération, c'est très mauvais pour la démocratie ... comme le pense sûrement Eric WOERTH.

 

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