Suis-je devenu « papiste » ?

Depuis le 29 août où j’avais exprimé ma répulsion pour une « guerre punitive », dont j’estimais qu’elle n’aurait puni que les Syriens en prenant le risque de mettre définitivement le feu à un Proche Orient qui n’a guère besoin de boutefeux, j’ai eu beaucoup d’occasions de parler de cela avec des connaissances, des amis dont je sais que, souvent, nous partageons les mêmes points de vue.

Le trouble existe car le caractère odieux du gazage de sa population par Bachar EL ASSAD conduit les moins belliqueux à se demander si ne pas intervenir, ne serait pas une lâcheté.

Hier après-midi, un de mes amis, prénommé François, me faisait état d’un propos de Bernard KOUCHNER par lequel il disait qu’à l’époque des bombardements au napalm au Vietnam ou à l’époque de la guerre civile au Biafra, des foules auraient, pour des faits similaires, défilé en masse dans nos rues. Pour relativiser la position de Bernard KOUCHNER rappelons-nous qu’il a toujours soutenu les interventions similaires en Irak, et qu’il préconise des frappes contre l’Iran. Et mon ami François se demandait donc, si nous étions devenus insensibles aux malheurs dans le monde dès que nous n’en identifions pas de possibles conséquences sur notre vie quotidienne.

La question est parfaitement légitime. Dans le billet du 29 août je ne suggérais nullement de ne rien faire, mais de rallier la Russie et la Chine à un arrêt de leur soutien à Bachar EL ASSAD grâce à la menace de porter sérieusement atteinte aux ressources de ces deux pays en fermant le robinet de gaz pour l’un et en bloquant les importations de produits manufacturés pour l’autre. Mais cette position, qui aurait de réelles et lourdes conséquences pour notre confort quotidien ne font manifestement pas partie de l’arsenal que notre Président François a tenté de brandir en essayant d’y rallier nos partenaires européens.

Il y a longtemps, en 1935, alors que Pierre LAVAL et Joseph STALINE discutaient un traité franco-soviétique de mutuelle assistance en cas d'agression, et Pierre LAVAL lui ayant demandé de faciliter la vie de l’Eglise catholique en URSS, Joseph STALINE lui posa la question : « Oh ! Le pape ! Combien de divisions a-t-il ?".

Et voici que le pape François mobilise l’ensemble des fidèles catholiques contre l’idée de guerre en Syrie. Appelant le milliard de catholiques à la prière et au jeûne contre la guerre, il vient de déclarer que « la guerre est toujours une défaite de l’humanité » !

Je me sens toujours très en harmonie avec le premier François qui milite avec moi de façon énergique pour lutter contre le mal-logement et, en particulier, aux côtés de tous ces réfugiés que le malheur et souvent les guerres amènent jusque chez nous. Ne pas réagir, par la force, lui apparaît lâche et inimaginable … il est pourtant un homme de paix.

Le second François est Président de la République. Même si je le trouve beaucoup moins à gauche que ce que je souhaiterais, je le respecte et je veux croire que sa volonté d’intervenir n’est fondée que sur son sens du devoir.

Le troisième François est loin de mes convictions, mais dans cette situation, je me sens très proche de lui… pas au point de prier, ce qui n’a pas de sens pour moi, ni en jeûnant car c’est une autre forme de prière, mais en adhérant pleinement à son propos sur la défaite certaine de l’humanité lorsqu’on déclenche la guerre.

« Est-ce grave et cela signifie-t-il, docteur,

que je suis devenu papiste ? »

Jean-Paul Bourgès 8 septembre 2013

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