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Billet de blog 10 avril 2013

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Une choucroute

… difficile à digérerChacun sait que le goût des Français pour le millefeuille est ancestral. Notre passion pour la chose institutionnelle est sans limite. Elle est renforcée par la seule imagination dont sont dotés nos énarques : inventer des échelons administratifs où leurs carrières pourront prospérer confortablement.

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… difficile à digérer

Chacun sait que le goût des Français pour le millefeuille est ancestral. Notre passion pour la chose institutionnelle est sans limite. Elle est renforcée par la seule imagination dont sont dotés nos énarques : inventer des échelons administratifs où leurs carrières pourront prospérer confortablement.

Notre ex grand pays, qui ne représente plus que un pour cent de l’humanité, comporte trente six mille communes (Nous avons même le génie d’avoir six communes sans aucun habitant et trois ou quatre avec moins de trois habitants … mais toutes dotées d’un maire quand-même), cent un départements dont le moins peuplé, la Lozère, dépasse à peine cent mille habitants, vingt deux régions peuplées de deux cent mille à douze millions d’habitants.

Comme ceci est beaucoup trop simple, nous avons créé toutes sortes d’organismes de coopération intercommunale allant de communautés de communes aux communautés urbaines où habitent de quelques milliers à presque un million cinq cent mille d’entre nous. Mais comme c’était encore trop lisible et trop léger voila que surgissent désormais les « métropoles » et, mieux, les « aires métropolitaines ». Ainsi la « Métropole européenne de Lyon » devrait voir le jour très prochainement en fusionnant le Conseil Général du Rhône et la Communauté Urbaine de Lyon sur le périmètre de cette dernière. Dans le reste du département du Rhône le Conseil Général subsistera. On peut d’ailleurs saluer cette dernière initiative en ce qu’elle vise à simplifier le millefeuille mais avec la prudence d’un sioux sur le chemin de la guerre puisqu’on se garde bien de revoir l’articulation entre les compétences communales et celles de la métropole. Imaginez la levée de bouclier qui pourrait s’emparer de plusieurs milliers d’élus que cela toucherait !

C’est dans ce contexte de vaste foutoir que les Alsaciens viennent d’être consultés par référendum sur un projet de remplacement du Conseil Régional d’Alsace et des deux Conseils Généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, par une seule entité territoriale alsacienne. Des sondages préalables à la consultation avaient donné un résultat largement positif, même s’il semblait bien que l’abstention serait forte.

L’abstention fut forte puisqu’un Alsacien sur quatre, seulement, s’est dérangé pour donner son opinion … et celle-ci fut négative. Saluons, pour commencer la fiabilité des sondages, dont on voit bien, une nouvelle fois qu’ils ne peuvent se substituer au vote lui-même.

La première conclusion c’est que les Alsaciens préfèrent le millefeuille au kouglof. Je l’avoue, moi aussi.

La deuxième conclusion c’est que le référendum est aussi délicat à manipuler qu’un bidon de nitroglycérine et que les imprudents peuvent se faire sauter le caisson. Dans les précautions élémentaires pour qui veut user de l’outil référendaire, il y a l’organisation préalable d’une longue phase d’explication, de débats, d’accès à la parole sur le sujet pour de nombreuses personnes, du monde politique, économique, syndical, associatif, philosophique … et on ne convoque les électeurs qu’en bout de parcours. Ce fut négligé, c’est sanctionné.

La troisième conclusion c’est que l’Alsace, terre où le Front National est très haut, nous montre ce qu’il en coûterait de commettre la même erreur à l’échelle nationale. La France est actuellement une écorchée vive. Elle ne croit plus à rien, elle n’entend rien, elle ne veut plus rien écouter d’autre que la façon dont on va surmonter la crise sans que ça soit toujours les mêmes qui trinquent pendant que d’autres cachent un magot mal gagné en Suisse ou à Singapour.

Interroger les Alsaciens sur ce sujet, en ce moment, et sans préparation, ça ne pouvait déboucher que sur le retour en cuisine du plat de choucroute que le client a déclaré acide et immangeable sans même l’avoir goûté. Qu’on se le dise le Pouvoir n’a pas intérêt à poser une question « à la con » en ce moment.

Jean-Paul Bourgès 10 avril 2013

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