D’un tapis à l’autre !

Notre vie publique est régie par des barèmes qui, avant d’être adoptés, ont donné lieu à un processus législatif et réglementaire où fonctionne l’alchimie qui transforme des intentions marquées d’humanité en dispositifs broyant parfois impitoyablement ceux qui ne vivent que des subsides auxquels ces dispositifs donnent droit.

Parmi eux, l’indemnisation du chômage fait partie des grandes conquêtes sociales du XXème siècle. C’est juste après son retour au pouvoir, que le Général DE GAULLE poussa (Et quand le Grand Charles poussait, peu résistaient ...) les partenaires sociaux à se mettre d’accord sur un système d’assurance chômage, qui fut adopté par le patronat et les principaux syndicats, sauf la CGT, le 31 décembre 1958.

L’ANPE vit le jour, neuf ans plus tard, en 1967, alors que la France était en situation de plein emploi (Trois ans plus tard, à l’issue de mon service militaire, je ne me suis soucié de trouver un emploi que trois semaines avant de quitter l’armée un vendredi… et j’avais mon premier job, le lundi suivant la fin de mon service). Il ne fallait pas beaucoup d'argent pour indemniser les chômeurs à cette époque.

Aujourd’hui le budget annuel global de l’assurance-chômage est de plus de trente trois milliards d’euros.

Avec plus d’un chômeur pour dix personnes en âge de travailler, imagine-t-on ce que serait l’état de notre société si ce système n’avait pas été créé … à une époque où il n’apparaissait pas vraiment indispensable (A sa création l’UNEDIC n’avait à indemniser que vingt quatre mille chômeurs … ils sont plus de cent fois plus nombreux désormais).

Les sommes encaissées auprès des salariés et des entreprises, puis reversées aux chômeurs indemnisés, représentent environ la moitié de ce que rapporte l’impôt sur le revenu …  qui est, lui-même, de l’ordre de grandeur de ce que les fraudeurs  font échapper à l’impôt sous toutes ses formes.

Voici ce dont on parle lorsqu’on évoque l’indemnisation du chômage, qui n’est qu’un vaste système de solidarité entre ceux qui ont du travail ou emploient des travailleurs … et cotisent donc, et ceux qui en sont privés et que l’on aide en attendant qu’ils retrouvent … peut-être … un travail.

Mais pourquoi ce long rappel très technique et ce titre ?

Il se trouve que parmi les infos du jour, on a indiqué que Pôle-Emploi s’est efforcé, en 2012, de récupérer de l’ordre de huit cent millions d’euros d’indemnités versées « à tort » (Les « indus ») et qu’à hauteur des deux tiers les récupérations ont déjà abouti. Il reste donc à récupérer de l’ordre de deux cent cinquante millions d’euros.

Cette récupération, découlant de calculs de droit erronés, en raison desquels on a versé, par exemple, huit cent euros pendant trois mois à un chômeur qui n’avait droit qu’à sept cent euros, sera conduite avec beaucoup d’humanité … annonce Pôle-Emploi qui reste traumatisé par le souvenir de ce chômeur qui s’immola devant leur agence à Nantes en février. Dont acte … soyez humains ! Et rappelons-nous, surtout, qu’il faut d’abord récupérer quatre cent trois millions d’euros à la suite d’un marchandage de tapis, plutôt douteux.

Certains ont été envoyés au tapis par une économie un peu folle, où la financiarisation peut mettre au chômage des centaines et des milliers de travailleur, juste pour gagner plus … alors que les activités concernées étaient rentables et, souvent, avaient bénéficié d’argent public pour les recherches technologiques dont l’usage ira se loger là où les salaires sont ridicules et le chômage n’est pas indemnisé.

Il n’est que temps, bien évidemment, de reprendre à TAPIE l’argent qui lui a été indument versé. On en a besoin pour d’autres usages. Mais il faut aussi reprendre aux entreprises qui délocalisent, l’argent public dont elles ont bénéficié … et les sommes totales seront alors bien supérieures.

Jean-Paul Bourgès, le 11 juillet 2013

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.