Que commémorer le 11 novembre ?
Pour la première fois depuis bien longtemps, je n’étais pas ce matin, parmi l’équipe municipale, pour la cérémonie du 11 novembre. Je n’ai toujours pas encaissé le refus du maire d’ouvrir un local municipal pour une réunion autour du cercueil d’un militant laïc qui avait tant donné son temps aux activités sportives et culturelles au profit de tous les jeunes de la commune et, ainsi que je l’ai annoncé, je me suis mis « aux abonnés absents ».
C’est une bonne occasion pour repenser, au calme chez moi, à ce que représente à mes yeux le 11 novembre.
Le 11 novembre c’est d’abord le souvenir qu’en avait maman … et qu’elle m’a maintes fois exprimé. Pour elle c’était ce jour où elle était, comme depuis trois ans, à la Maison de la Légion d’Honneur de Saint Denis et où les cloches de l’abbaye ont sonné très longtemps pour marquer la joie de la fin de la guerre et de ce qu’on appelait « la victoire » … alors que, pour elle et la quasi-totalité de ses camarades, cela rappelait que son père et ceux de beaucoup de ses compagnes ne reviendraient pas.
Le 11 novembre n’a donc jamais eu pour moi une signification de victoire …. mais celle d’un deuil qu’on entame définitivement. Soixante quinze ans plus tard, peu de temps avant sa propre mort, maman se vivait encore comme une orpheline à laquelle une guerre stupide (En existe-t-il qui ne le soient pas ?) avait enlevé son père qu’elle adorait et, à moins de quinze ans, avait fait d’elle le vrai « chef de famille » comprenant une mère déboussolée, un petit frère et une petite sœur (Qui entrera bientôt dans sa centième année).
Mon horreur de la guerre date de cette prise de conscience, fort jeune, de ce qu’elle détruit des vies, non pas d’une façon désincarnée qu’une comptabilité traduit au travers d’un nombre de victimes que l’on additionne au débit et au crédit d’un macabre compte d’exploitation dont le solde désigne un vainqueur, mais d’une façon charnelle où ma maman exprimait, malgré la pudeur extrême qui la caractérisait, qu’elle ne se guérirait jamais de cette blessure juvénile.
Etonnez-vous que je sois profondément pacifiste.
Etonnez-vous que l’Union Européenne, malgré toutes les faiblesses qui la caractérisent, soit un objectif auquel je sois prêt à sacrifier tant d’autres choses.
Pour moi le onze novembre doit donc marquer uniquement la prise de conscience de l’horreur de toutes les guerres et la nécessité de consacrer tous les efforts et les sacrifices possibles, partout, au maintien de la paix. Pour ne jamais oublier cela, j'ai devant mes yeux, dans mon bureau, la veste de capitaine de ce grand-père, décédé le 17 décembre 1914 à Kortecker en Belgique à la tête de sa compagnie ... avec épinglée dessus la Légion d'Honneur qui lui fut attribuée à titre posthume. Etre pacifiste n'est donc pas le rejet de sa mémoire, mais le rejet de l'idée que d'autres vies soient sacrifiées inutilement.
Jean-Paul Bourgès 11 novembre 2012