FN par désespoir … ou bâtir son propre espoir

Dans le fil de discussion de mon billet du 9 décembre, un blogueur qui vote désormais FN, UTOPART, écrivait : « Après l'élection de Hollande, j'ai voté FdG au 1er tour des législatives, puis PS au 2ème tour, j'étais encore imprégné du discours du Bourget et confiant dans l'avènement des changements promis. J'ai changé d'avis aux européennes, je n'ai pas besoin de vous expliquer pourquoi, je suis sûr que vous comprenez. ».

Bien sûr que je comprends la motivation, mais elle me fait penser à cet achat d’un billet aller-retour et d’un billet aller à Gambais, qui fut la preuve la plus éclatante contre LANDRU.

Avons-nous envie d’installer au pouvoir un parti politique qui est l’héritier de ceux qui collaborèrent avec le nazisme et dont la présidente aime valser à Vienne aux bras des nostalgiques de la pire horreur que vécut notre continent ?

La modification d’apparence entre le père et la fille, effet d’un marketing politique très intelligent, n’y change rien … il faut être naïf pour croire qu’il sera aussi facile de dire au FN « Maintenant soyez gentils, on vous a assez vus, partez », comme une majorité de Français s’apprête à le dire au PS en le renvoyant à ses pitoyables guéguerres internes et à ses reniements. Ce n’est, en tout cas, pas un risque que j’imagine de prendre.

 

Voter FN par désespoir m’est donc absolument inimaginable. Mais alors quoi ?

 

Nos sociétés vivent deux mutations concomitantes et relevant de deux logiques opposées.

 

D’une part les grands choix économiques ont cessé d’être faits au niveau national et les incantations nationalistes, venant de l’extrême-droite ou de l’extrême-gauche qui se retrouvent étrangement sur ce thème, n’y changeront rien. La mondialisation est passée par là et, telle à un tsunami emportant tout sur son passage, elle a réduit les gouvernements à de simples apparences du pouvoir. Elire, en France, Pierre, Paul … ou Marine, n’y changera absolument rien. On peut s’en désoler mais il y a déjà longtemps, désormais, que les centres de pouvoir ont changé de lieu.

 

D’autre part les logiques pyramidales, inspirées des méthodes militaires d’antan (Même les militaires d’aujourd’hui les ont abandonnées), cèdent la place à des approches beaucoup plus horizontales associant des compétences variées et des personnes engagées de façon coopérative dans l’action quotidienne où les avis de nombreuses personnes sont pris en compte. Notre amie Annie LASORNE a plusieurs fois rendu compte dans ses billets de ce retour de l’esprit démocratique sur le terrain.

 

Ce sont ces approches là qui portent de véritables espoirs d’une renaissance démocratique … et les partis traditionnels sont en face de cela comme une poule devant un couteau. Ce ne sont donc pas les partis qui sauront opérer la mutation, mais, au moins, ne choisissons par le parti qui, porté au pouvoir, présente le risque de ne pas vouloir le quitter lorsque son échec sera patent. Et que l’on ne me dise pas que j’agite une image d’épouvante. Il y eut un précédent, il ne me paraît pas imaginable d’essayer « pour voir » au risque d’avoir été dupés par les dénégations habiles de la fille de son père.

 

Non au désespoir … oui à l’espoir.

Jean-Paul Bourgès 12 décembre 2014

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