Il y a quarante ans le Liban s’enflammait

 

 

Ce cèdre n'aurait-il pas deux troncs ? Un chrétien et un musulman © Jean-Paul Bourgès Ce cèdre n'aurait-il pas deux troncs ? Un chrétien et un musulman © Jean-Paul Bourgès

Le 13 avril 1975, à l’occasion de la consécration d’une église, des membres du parti social-nationaliste syrien tentèrent d’assassiner un dirigeant chrétien libanais, et des membres des Phalanges, dont il était le créateur, mitraillèrent l’après-midi même un car occupé par des palestiniens tuant plus de vingt d’entre eux. L’escalade était lancée.

Peu à peu ces actes de violence conduisirent à une guérilla incessante dans les villes du Liban, jusqu’à devenir, à la suite du massacre de Chrétiens à Damou, une véritable guerre civile avec des combats à l’arme lourde. On ne peut pas évoquer cette période sans citer le massacre de Sabra et Chatila en 1982, où Israéliens, qui occupaient alors le sud du Liban, et forces libanaises des Phalanges, firent un carnage dans ces deux camps de réfugiés Palestiniens situés à Beyrouth-ouest.

La guerre civile dura quinze ans et fit un très grand nombre de victimes, évalué à environ deux cent mille personnes, ce qui, pour un pays de l’ordre de quatre millions d’habitants est deux fois plus important que le nombre de morts français du fait de la guerre de 14-18.

Mon propos n’est pas, en ce jour, d’en retracer tous les affreux épisodes, ni de détailler le fait que longtemps après la fin de la guerre civile, avant et après le retrait de l’armée syrienne, il y a presque exactement dix ans, des attentats se poursuivirent comme celui contre Rafic HARIRI, ou contre Pierre-Amine GEMAYEL (J’étais en communication par internet avec une amie, à Beyrouth, le 21 novembre 2006, quand elle me dit « Des tirs viennent d’intervenir près de mon bureau … je ne sais pas de quoi il s’agit ». … le ministre de l’industrie, originaire du même village qu’elle, venait d’être abattu dans sa voiture dans la rue).

Pays composé d’une extraordinaire mosaïque de communautés, travaillant ensemble sans problème mais sans, pour autant se mélanger dans la sphère intime qui est dominée par les appartenances religieuses, le Liban peut être considéré comme un exemple de coexistence au Proche-Orient … et comme une exception dans le monde.

La complexité et l’accumulation d’atrocités durant ces quinze ans de guerre, soit cinq fois la durée de la guerre civile d’Espagne, le mélange inextricable de cette guerre avec l’exil des Palestiniens, nulle part bien accueillis, les interventions militaires de la Syrie, comme d’Israël, me conduisent à éviter les appréciations des responsabilités négatives et à ne retenir que ce qui peut être un message d’espoir pour l’ensemble des pays de la région et pour le monde entier.

Pour terminer ce billet d’évocation de cette atroce guerre civile chez mes amis, je ne peux pas faire autrement qu’évoquer le fait qu’une personne sur quatre vivant aujourd’hui au Liban est un Syrien chassé par la guerre dans son pays. Comment la France réagirait-elle, si quinze millions de Syriens attendaient chez nous des jours meilleurs ? Nous n’en avons pas même reçu le dix millième de ce chiffre !

Quand on sait les errements de la politique française au Proche-Orient et particulièrement en Syrie et au Liban depuis presque cent ans, cette indifférence est particulièrement choquante.

Que ce triste anniversaire nous serve, au moins, à agir là où nous le pouvons pour que nul n’oublie ce beau pays et ses couchers de soleil.

Retour du troupeau le soir © Siexte CALAMA Retour du troupeau le soir © Siexte CALAMA

 

Jean-Paul BOURGÈS 13 avril 2015

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