Prego … grazie

Les écoutes de Nicolas SARKOZY … non pas celles, parfaitement légales initiées par le juge TOURNAIRE, … mais celles réalisées clandestinement par son âme damnée, Patrick BUISSON, nous ont permis d’entendre Nicolas SARKOZY, Henri GUAINO, Claude GUÉANT, Jean-Michel GOUDARD, Pierre GIACOMETTI, et l’ineffable Patrick BUISSON lui-même, dessinant un remaniement ministériel lors d’un petit rendez-vous entre complices sans même la présence de François FILLON ! J’avais donc envie, ce soir, de rappeler à notre joyeuse bande d’arsouilles, si chatouilleuses sur le respect des formes républicaines, qu’il existe une constitution qui dit en son article 8, à propos du Président de la République : « Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions ». Les écoutes de Patrick BUISSON établissent la preuve du viol de la constitution avec des personnages dénués de tout mandat démocratique et s’exprimant cependant sur le Gouvernement du pays. Ce véritable scandale agite moins le microcosme parisien que l’écume des écoutes légales de « Monsieur l’ex » … en oubliant le tsunami du mécontentement qui enfle au large.

Mais j’ai passé une journée agréable, jeudi, avec de vieux copains le matin (Nous nous connaissons depuis cinquante ans), une petite balade après le déjeuner sur les quais de Seine en flânant devant les bouquinistes, puis une rencontre tellement sympathique avant de reprendre mon TGV vers Lyon. Du coup je n’ai pas envie de m’énerver … et pourtant il y a de quoi, et j’ai choisi d’ouvrir une fenêtre ensoleillée.

C’est donc de l’Italie que je veux parler. Le tout jeune nouveau Président du Conseil, Matteo RENZI, vient d’annoncer un changement radical de politique économique. A quelques nuances près de dépenses ou de réductions de recettes fiscales déjà prévues par son prédécesseur, c’est un total de quatre vingt dix milliards d’euros qu’il a décidé d’injecter ou de restituer aux Italiens, particuliers comme entreprises, de façon à relancer la consommation et donc l’ensemble de l’économie … sans se laisser paralyser par la prévisible remontée du déficit budgétaire et les foudres bruxelloises susceptibles de froncer les sourcils.

En Allemagne, à la suite de la constitution d’une coalition CDU-CSU / SPD, Angela MERKEL lâche du lest, met de l’eau dans sa bière et c’est bien une augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs qui devrait en résulter. L’économie espagnole est repartie. L’évidence s’impose qu’en Grèce la purge a été telle qu’il est miraculeux que le malade n’en soit pas mort.

Et pendant ce temps-là, en suiveurs qui ne se sont pas même rendu compte que les premiers de cordée ont changé de cap, l’équipe de France s’enlise dans son « Pacte de responsabilité » qui n’est rien d’autre que moins de charges pour les entreprises … et donc plus de profits pour les propriétaires de celles-ci, qu’ils iront mettre à l’abri en Suisse ou au Luxembourg. La France est désormais seule à s’enferrer dans une politique déflationniste, alors qu’il faut absolument injecter du carburant dans la machine pour que son moteur ne cale pas.

Mesdames et Messieurs qui nous gouvernez, faites comme moi hier, regardez dehors, voyez qu’il peut faire beau, écoutez cet air de mandoline qui nous vient d’Italie … et cessez de vous complaire dans ces brouillards d’outre-Rhin, alors même qu’en Allemagne aussi le soleil brille désormais.

Joueur de mandoline à Venise Joueur de mandoline à Venise


Qui d’entre nous ne cèderait pas à un air de mandoline sur le bord des canaux de Venise ?

Jean-Paul Bourgès 14 mars 2014

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