… ils les rendent fous !
Nous eûmes, il y aura bientôt un an, une élection présidentielle, puis aussitôt après une élection législative. Le candidat à la présidentielle, puis, ensuite, les candidats socialistes aux législatives, avaient dans leur programme la reconnaissance de la possibilité pour chacun de vivre sa sexualité en toute liberté et dans une stricte égalité de droits, y compris par rapport à la création d’une famille.
Mettant en œuvre cet élément de son programme, François HOLLANDE chargea la Garde des Sceaux et la Ministre en charge de la famille, de soumettre au Parlement un projet de loi traduisant dans notre droit cet engagement sur lequel, de fait, le peuple français s’était déjà prononcé en l’élisant et en confirmant ce choix lors des législatives.
Avec la fermeté et le courage que tous, partisans comme adversaires, saluèrent, Christiane TAUBIRA mena la procédure législative à l’Assemblée Nationale puis au Sénat jusqu’à l’adoption du texte par ce dernier. Il reste à dérouler un deuxième passage à l’Assemblée Nationale pour une adoption définitive.
Ce processus, long et permettant largement aux différentes opinions de s’exprimer, dans les hémicycles comme lors d’énormes manifestations, pour et contre, dans les rues des principales villes … dont la capitale, marquèrent l’examen de ce texte, qui ne fait que reconnaître aux homosexuels, s’ils le souhaitent, la même possibilité d’officialiser leur volonté de constituer un couple qu’aux hétérosexuels … qui recourent, d’ailleurs, de moins en moins souvent à ce mariage qui correspondait à nos mœurs sociales lorsque j’avais quarante ans de moins qu’aujourd’hui.
On a entendu tous les opposants à ce texte. Les responsables religieux ont clairement exprimé la différence entre mariage civil et mariage religieux. Et nous allons peut-être, enfin, cesser de singer le mariage religieux lorsqu’on célébrera un mariage civil. Nos rues ont plus résonné de slogans opposés que du soutien de ceux qui partageaient la nécessité de faire cesser une évidente ségrégation anti-homosexualité.
En se remémorant ces événements, avec calme et dans le respect de toutes les opinions, on ne peut que se dire que, malgré les insatisfactions qu’elles nous causent souvent, nos institutions fonctionnent et permettent l’expression des points de vue, en même temps que peut être entériné un choix majoritaire.
Tout ceci fut vrai jusqu’au moment où Jupiter décida d’abattre quelques humains, en les rendant fous.
Parmi les dernières victimes de Jupiter, on déplore l’atteinte d’une femme frigide qui semble devenue complètement « barjot » puisque, dans un pays civilisé, doté d’institutions qui fonctionnent conformément à sa constitution, elle a sorti cette énormité : « Hollande veut du sang, il en aura! Tout le monde est furieux. Nous vivons dans une dictature ».
Ces propos d’une folle ne peuvent déboucher que sur deux issues :
- un enfermement dans un hôpital psychiatrique, s’il apparaît qu’elle n’est pas pénalement responsable,
- une mise en examen pour incitation à la violence … si l’on pense qu’elle sait ce qu’elle dit.
Tout ceci sent l’esprit factieux d’une droite qui, périodiquement, se rappelle qu’elle aime moins la République que la sacristie et qu’elle a la nostalgie de l’Inquisition.
En tout cas, ça suffit, adoptons vite ce texte et passons à autre chose. Cinq ans c’est court et la première année s’achève déjà !
Jean-Paul Bourgès 16 avril 2013