Un cavalier en robe de Bure

J’ai commencé mes promenades dans les chemins creux du Plateau Vivaro-Vellave, malgré l’absence de quelque champignon que ce soit pour des raisons climatiques qu’il me semble superflu de vous préciser. Mes paniers et ceux de mes petits-enfants restent donc accrochés aux poutres de la cuisine en attendant des jours meilleurs pour des activités mycologiques.

 © Jean-Paul Bourgès © Jean-Paul Bourgès

Un peu désabusé devant cette indigence champignonnesque, mes balades m’ont donné l’occasion de rêver à cette époque où ces chemins étaient presque autant utilisés que nos autoroutes actuelles. La petite route qui passe devant « La Chaumette » fut ainsi parcourue, autrefois, par le pape Urbain II, lorsqu’il se rendit à Clermont-Ferrand, en 1095, non en papamobile mais à dos de mule, pour y prêcher, hélas, la première croisade. La maison n’existait pas encore, mais la source devait déjà donner une belle eau claire bien utile pour la monture du pape après les sept kilomètres de montée depuis le monastère de Rochepaule où Urbain II et son entourage avaient passé la nuit. Eh, oui, sachez-le, je bois, modérément, une eau qui fut sûrement papale. Tout le monde ne peut pas en dire autant ! (Avec cette eau, on fait, en tout cas, un pastis divin).

Loin du brouhaha de l’actualité, j’eus alors une étrange vision au détour d’un chemin. Courbé sur son cheval sombre, capuchon rabattu sur la tête, j’aperçus un cavalier revêtu d’une robe de Bure. Malgré les aboiements féroces de Flaque, il s’approcha de moi et, sans dévoiler son visage, me demanda « s’il était bien sur le chemin numéro 49-3 ». Un peu surpris, je lui indiquai que nous n’étions pas dans le Maine-et-Loire mais à la limite de la Haute-Loire et qu’ici il n’y avait qu’un 43-9. Il sembla déçu de n’être pas sur le bon chemin et, piquant des deux, s’éloigna si vite que, rentré chez moi, j’eus l’impression d’avoir été victime d’une hallucination … pourtant, Flaque avait bien jappé furieusement ! Aurait-elle repéré un chevreuil, alors que je croyais voir un cavalier ?

 © Jean-Paul Bourgès © Jean-Paul Bourgès

 

Je suis maintenant loin de la ville et beaucoup de choses m’échappent. A vrai dire, elles m’intéressent beaucoup moins que d’habitude, mais vous qui subissez encore la canicule et scrutez l’actualité, surveillez bien cette histoire de 49-3 et de cavalier en robe de Bure … ça ne m’étonnerait pas qu’on nous trame un coup tordu ! De quoi peut-il bien s’agir ? Je compte sur vous pour en savoir plus.

Jean-Paul BOURGÈS 16 juillet 2015

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.