Il a dû repartir en chat-loupe

J’ai un chat, beaucoup d’entre nous ont aussi de ces félins surprenants qui savent si bien vivre au contact des humains, tout en gardant leurs distances par rapport à nous, c'est-à-dire en étant capables d’affection sans pour autant accepter la dépendance.

Dans le cadre de mon action associative dans le domaine du logement, il y a quelques mois, j’ai rencontré une femme,  ayant longtemps vécu sous la dépendance probablement perverse d’un homme … et, quelques temps plus tard, elle sauta le pas en quittant le domicile du couple pour ne plus y revenir et en allant se cacher bien loin de son compagnon.

Au cours des dernières années, sa raison de vivre s’était incarnée dans ses deux chattes. Hélas, dans sa fuite à l’occasion d’une brève absence de son compagnon, sorti faire une course, elle avait dû laisser ses deux chattes au domicile.

Evidemment, prolongeant les mauvais traitements psychiques qu’il lui faisait subir, il a tenté d’utiliser les chats pour la contraindre à regagner le domicile commun.

Quelques mois plus tard, voulant vendre un terrain qu’ils avaient acheté à deux, il a dû faire solliciter son accord par l’intermédiaire de la notaire … et nous avons alors conditionné la signature de l’acte par la remise préalable des chats.

Avec la complicité de la notaire, j’étais donc à une cinquantaine de kilomètres de Lyon cet après-midi pour récupérer ces deux jolies chattes … qui partiront, dès ce soir, bien loin de Lyon avec leur maîtressse, dont j’espère qu’elle retrouvera un équilibre durable après être sortie d’un véritable cauchemar.

Son ex a donc loupé sa tentative d’utiliser les chattes, comme d’autres utilisent des enfants en les arrachant à leur mère … ou, parfois, à leur père.

Si je raconte ça c’est pour montrer les voies que des individus n’ayant aucun respect des autres peuvent utiliser pour asseoir leur besoin de domination.

C’est aussi pour souligner que c’est probablement l’espoir de retrouver ses chats un jour, qui a dissuadé cette femme de mettre fin à ses jours.

Enfin, à ceux qui considèrent les animaux comme dénués de sentiments, qu’ils se demandent juste si nous, ces humains si supérieurs, nous serions capables d’un tel attachement si l’animal n’avait pas plus de caractéristique qu’un objet juste doté de mobilité.

Jean-Paul Bourgès 17 novembre 2014

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