Tout près … mais aux antipodes !

Hier matin, avec quelques autres personnes, dont certains de ses enseignants, nous étions au Tribunal Administratif de Lyon pour l’audience correspondant à un recours contre un OQTF (Ordre de Quitter le Territoire Français) concernant une jeune Angolaise de dix-neuf ans, que le Préfet voudrait renvoyer en Angola après plusieurs années à Lyon, comme mineure isolée … alors que ses parents ont été assassinés dans son pays avant sa fuite vers la France.

L’audience se déroula comme toutes ces audiences au Tribunal Administratif … c’est à dire dans un contexte marqué par un examen désincarné d’éléments de droit où l’un des rares instants donnant l’impression que la vie pénétrait dans cette enceinte, fut celui où le Rapporteur Public prit la parole et, en quelques phrases d’une netteté de scalpel, indiqua qu’il considérait nécessaire d’annuler la décision du Préfet qui n’avait, manifestement, pas tenu compte d’éléments essentiels du dossier de la jeune fille que nous accompagnions. La décision est mise en délibéré … nous saurons ce qu’aura décidé le Tribunal Administratif d’ici trois semaines … et, alors, chacune des parties pourra, le cas échéant, faire appel.

Mais, pourquoi ai-je évoqué en titre le contraste entre proximité et antipodes ?

C’est que, dans un rayon de deux cents mètres et au même instant, se déroulait cette audience d’une gravité exceptionnelle pour cette jeune-fille dont la vie se jouait là si froidement, des lycéens du même âge qu’elle dans le centre d’examen voisin dissertaient sur « Suis-je ce que mon passé a fait de moi ? », et, devant la préfecture, des syndicalistes policiers manifestaient sous les fenêtres de leur patron pour se plaindre de ne pas avoir les moyens d’assurer les missions que ce même Préfet leur confie … dont des opérations de reconduite à la frontière.

Je n’ai pas envie d’en dire plus. Chacun peut, dans sa tête, mélanger ces trois situations, ne rien y trouver de contradictoire, se demander si nous vivons dans un monde de fous, ou penser que j’accorde de l’importance à des choses qui n’en ont pas.

Moi, j’avais l’esprit chamboulé en pensant à la proximité géographique et à la distance humaine entre les trois événements. Soixante-quinze ans après un fameux appel, et deux cents ans après le célèbre « Merde » de Cambronne à Waterloo, est-il toujours d’actualité de ne pas se rendre sans combattre ?

Je le crois !

Jean-Paul BOURGÈS 18 juin 2015

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