Interdire ?, abolir ? … instruire ?, éduquer ?

Ces derniers temps, sous des formes diverses, allant de la plaisanterie Dieudonnesque ou Le-Penique sur la Shoah, à l’agression sanglante contre la supérette cachère de Vincennes et en passant par la profanation d’un cimetière juif, nous voyons insidieusement revenir des comportements incontestablement antisémites.

Sans que cela diminue en quoi que ce soit leur caractère odieux, on note simultanément des agressions nombreuses contre des Musulmans et l’hostilité à l’encontre des Roms n’a jamais fléchi.

Nous ne sommes pas les seuls, en Europe, à connaître une évolution de ce type, parfois soutenue par les propos de dirigeants, comme par exemple en Hongrie (Notons d’ailleurs que Viktor ORBÀN défila à Paris, le 11 janvier … au point que l’on peut se demander s’il avait compris qu’il défilait contre lui-même).

Un pays européen est dans une situation très particulière sur ce sujet, c’est l’Autriche, terre natale d’Adolf HITLER. C’est, d’ailleurs, en Autriche qu’un parti d’extrême-droite, « Le parti autrichien de la liberté » de Jörg HAÏDER dirigea une région et s’approcha du pouvoir central. Dans ce pays on peut compléter le numéro d’immatriculation de sa voiture (Deux lettres, trois chiffres, deux lettres) par les caractères que l’on veut, à condition que cela ne soit pas ridicule ou grossier. Certains choisissent « SS » ou NSDAP pour « Parti National-socialiste » ou, encore juste, 88 pour « Heil Hitler » (Deux fois la 8e lettre de l’alphabet).

Devant le développement de ces provocations néo-nazies, le ministre autrichien des transports, Aloïs STÖGER, vient de décider que ces combinaisons de lettres ou de chiffres d’inspiration nazie ne seraient plus autorisées.

Il risque de s’engager une sorte de jeu du chat et de la souris avec une floraison de variantes destinées à mettre en défaut la réglementation … et à ce petit jeu, malgré l’air redoutable de Tom, c’est toujours Jerry qui l’emporte.

N'ayez crainte ... Jerry s'échappera ! N'ayez crainte ... Jerry s'échappera !

 

Mais, surtout, que veut-on interdire ? Que veut-on éradiquer ? Non pas deux lettres souvent présentes dans beaucoup de mots : « SS », mais l’envie de magnifier et de voir revivre une organisation industriellement criminelle, qui sema la terreur en Europe et conduisit le pire génocide de l’histoire de l’humanité … qui ne manquait pourtant pas d’horreurs commises dans le passé.

Alors, interdire ? cela suffit-il pour abolir, tant que l’on n’a pas définitivement sorti d’esprits égarés l’idée même du droit qu’un ensemble d’hommes pourrait avoir de faire disparaître d’autres hommes … sur quelque critère que ce soit, et, en particulier, sur un critère racial … qui plus est vide de sens ?

Il n’existe qu’une réponse, hélas bien dévalorisée aujourd’hui, c’est l’éducation, l’instruction, l’élévation de l’individu, dès l’enfance, dans le sentiment de l’universalité de notre condition humaine.

Ça ne donne pas l’illusion de résultat immédiat que procure une interdiction. Mais ça agit en profondeur et dans la durée. Le mal du racisme est, cependant, si profondément ancré que seule une action sur le très long terme peut obtenir des résultats. Mais long terme et action politique ne sont-ils pas antinomiques ?

Alors interdisons déjà … mais, surtout, prenons le temps d’éduquer.

Jean-Paul BOURGÈS 21 février 2015

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