Certains arrivent … et d’autres partent

Samedi soir, au JT de Canal+, j’ai vu un sujet assez effarant. En Allemagne le coût des établissements destinés aux personnes âgées est tel (Jusqu’à 40 % de plus qu’en France pour les mêmes prestations) que ceux qui n’ont qu’une petite retraite ne peuvent plus faire face, car l’aide relevant des systèmes de solidarité n’est pas suffisante.

Alors que se passe-t-il ? Mais voyons, c’est tout simple, il suffit d’exporter les vieux vers des pays où le principal poste budgétaire d’une maison de retraite, la main d’œuvre, sera beaucoup moins élevé qu’en Allemagne. Une fois épuisés les charmes de l’Ardèche-à-l’huile ou la Drôme, des Canaries, des Baléares … qui supposent de pouvoir se déplacer et vivre de façon autonome … pour la fin de vie, il faut abandonner les îles ou l’Europe du Sud mais aussi chercher ailleurs qu’à Francfort, Berlin ou Münich.

Un petit coup d’œil circulaire fait vite éliminer la France dont le « Pacte de responsabilité sans contrepartie » n’a pas encore rendu compétitifs nos EHPAD (Etablissement d’Hébergement de Personnes Agées Dépendantes).

Pour certains, la meilleure solution est alors le franchissement de la ligne Oder-Neisse, en direction de la Pologne, avec croisement, au passage de la frontière, d’une cohorte de plombiers venant en sens inverse déboucher les lavabos des Allemands qui ont les moyens de rester chez eux.

On a, évidemment, envie de s’indigner devant le caractère lamentable de la prise en compte de ses aînés par l’Allemagne d’Angela MERKEL, qui donne pourtant des leçons de bonne gestion au reste de l’Europe. Qu’est donc la santé d’un système économique qui ne permet pas aux personnes âgées de vivre décemment chez elles jusqu’au bout de leur vie ?

On est aussi tenté de plaindre les Polonais de travailler pour tellement moins d’argent que leurs collègues germaniques, au point que leur prix de revient permette à des Allemands modestes de profiter d’une fin de vie plus décente.

Et puis, après ces premières réactions, ne peut-on pas se rappeler cette époque où les blindés de la Wehrmacht déboulaient sur la Pologne contre une armée restée à l’ère du cheval et s’opposant en vain à une irrésistible avance ?

Compte-tenu de l’âge auquel on entre désormais en EHPAD, on peut penser que les plus âgés de ceux qui vont aller finir leur vie au bord de la Vistule, étaient probablement à bord des blindés de 1939.

Le parent d’un de ces « bénéficiaires » des prix bas pratiqués en Pologne eut un propos, certes peu poétique, mais facile à comprendre, jugez-en : « De toute façon, ils ne savent plus où ils sont … alors en Pologne ou en Allemagne … pour eux c’est pareil ! ». Il ne doit pas avoit l’intention de rendre fréquemment visite à son parent, dont il estime la présence en Pologne favorable à la préservation de son héritage.

En écoutant cela la question que je me suis posée c’est : « Mais qui est donc le plus amnésique ? Celui qui est atteint de la maladie d’Alzheimer ? ou nous tous qui avons oublié que notre « modèle social européen » devait nous mettre à l’abri de cette détérioration de la situation des travailleurs ? ».

Jean-Paul Bourgès 23 février 2014

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