Enfants de tous pays !

Je reviens aujourd’hui sur le thème que j’avais abordé dans mon billet du 21 mai.

Parlant du mystère qui continue d’entourer la santé d’Abdelaziz BOUTEFLIKA, le journal algérien El Watan s’étonne, à juste titre, que l’une des rares informations à ce sujet ait été fournie par Enrico MACIAS.

Présent au QATAR, dans le cadre du 13ème forum de Doha, Enrico MACIAS a déclaré à la chaîne Al-arab qu’il avait rendu visite à Abdelaziz BOUTEFLIKA à l’hôpital du Val de Grâce et que le Président algérien « est très très malade ». Il ajouta même : « Il n’a pas pu parler… » et « J'ai peur pour lui, pour sa santé et pour l'avenir de l'Algérie ».

Ces informations, peu surprenantes sur le fond, m’ont conduit à un petit retour sur l’ensemble de l’œuvre d’Enrico MACIAC et le premier titre qui m’est revenu a été « Enfants de tous pays ». La plus importante caractéristique de l’enfance, celle qui est antérieure à la découverte de la vilénie, du mensonge, du mal … c’est la candeur qui fait que l’Enfant croit ce qu’on lui dit, avant de faire la découverte du mensonge. A son âge, Enrico n’a-t-il pas encore découvert le mensonge, pour lâcher aussi simplement une vérité que nous avions devinée bien avant ? La candeur, à son âge c’est beau !

C’est aussi une occasion de revenir sur la carrière d’Abdelaziz BOUTEFLIKA, qui devrait pleinement rassurer Jérôme CAHUZAC sur son avenir.

L’ascension d’Abdelaziz BOUTEFLIKA commença auprès des futurs dirigeants de la République Algérienne, à l’âge où d’autres préparent leur bac, au Maroc où son père s’était installé. Il devint un proche collaborateur d’Houari BOUMÉDIENNE et membre du « clan d’Oujda », ce qui le conduisit à vingt cinq ans au poste de Ministre de la Jeunesse de la toute jeune République Algérienne dans le premier gouvernement dirigé par Ahmed BEN BELLA (Jamais un tel ministère fut occupé par un homme effectivement aussi jeune).

Sa carrière s’accéléra aussitôt puisqu’un an plus tard, à vingt six ans, il devint Ministre des Affaires Etrangères et il le resta pendant seize ans, servant BEN BELLA puis, surtout, Houari BOUMÉDIENNE.

Il subit une petite éclipse, après la mort d’Houari BOUMÉDIENNE, quand apparut le fait qu’il avait eu un usage étrange de l’argent de son ministère dont plus d’une dizaine de millions d’euros s’étaient inexplicablement évaporée. Il eut maille à partir avec la « commission de discipline du FLN » en raison de comptes ouverts en Suisse et il préféra vivre loin de l’Algérie pendant six ans.

Etait-il grillé ? Apparemment pas puisque, tel le phénix qui renaît de ses cendres, il reprit sa place dans l’appareil du FLN, ce qui l’amena à la présidence de la République Algérienne en avril 1999 où, depuis 2003, il cumule cette fonction avec celle de Ministre de la Défense (C’est, en raison de cet exemple, que je tiens à être réconfortant pour Jérôme CAHUZAC qui, lui aussi, céda au mirage des comptes en Suisse).

On comprend facilement qu’une si remarquable carrière soit aussi difficile à quitter que la vie elle-même … et réciproquement.

Dans « Compagnon disparu », Enrico chanta aussi : « Comme vient la vie, Comme vient la mort, Tu étais venu simplement. Comme on vient au port. Plus fort que l´amour. Plus fort que la haine. Tu étais en moi, compagnon, Comme un autre moi-même.  ».

Ces paroles ne pourraient-elles pas expliquer pourquoi Enrico n’a pas eu besoin qu’Abdelaziz BOUTEFLIKA soit en état de lui répondre pour être en mesure de nous annoncer que le fils prodige d’Houari BOUMÉDIENNE est bien proche de la fin de son étonnant parcours ?

Jean-Paul Bourgès 25 mai 2013

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