« Ne quittez pas … un correspondant cherche à vous joindre »

C’est souvent à l’heure des repas, que le téléphone sonne et qu’au bout du fil on entend une voix connue (Connue parce que c’est toujours le même individu qui vous parle de sa voix pressante) qui vous demande de patienter car un correspondant désire vous parler.

D’une façon un peu naïve, j’attends toujours quelques secondes, le téléphone à l’oreille, avant, bien souvent, de raccrocher en entendant mon épouse qui me demande de venir vite à table si je ne veux pas manger froid. Evidemment, dans les cas où j’ai attendu un peu plus, j’entends enfin la voix de Nathalie qui, de Tunisie, me propose les produits surgelés de « Tout par le gel », ou une mutuelle-santé « parfaitement adaptée à mon statut de retraité de moins de soixante cinq ans ». Désolé, pour vous et pour moi, charmante Nathalie, mais vos fichiers sont complètement obsolètes car il y a déjà cinq ans que je n’entre plus dans vos critères … et mon épouse m’annonce qu’elle en est au deuxième plat de notre repas à plat unique !

Jusqu’à présent je pensais que ces petites perturbations téléphoniques, toujours aussi inopportunes, ne concernaient que les abonnés au téléphone dont le nom figure dans l’annuaire et malgré leur adhésion à un système qui devait, disait-on, empêcher de communiquer mon numéro à ces multiples plateformes téléphoniques.

Mais, pour vous rendre compte des dégâts, sachez donc que même Hassan ROHANI, le Président iranien, s’est vu harceler par un correspondant qui a réussi à le joindre dans la voiture qui le ramenait du siège de l’ONU à l’aéroport de New York lors de son retour dans son pays !

Il roulait, peinard dans sa limousine où il lisait quelques sourates, quand le téléphone a sonné et qu’il a entendu au bout du sans-fil la même voix que moi juste avant de passer à table. Et cette voix, qui m’est si familière, lui a dit : « Ne quittez pas … un correspondant cherche à vous joindre … ». Hassan ROHANI est comme moi, la voix est tellement convaincante qu’il a attendu en ayant posé le Coran sur le siège. Quelle ne fut pas sa surprise, non pas d’entendre Nathalie … comme moi, mais d’entendre « OBAMA speaking … ». Oui, alors qu’Hassan ROHANI n’avait nulle envie d’entendre la voix de ce faucon qui avait, peu de temps auparavant, menacé de bombarder son cher ami Bachar, voila qu’une erreur de la standardiste de White-House, Barbara, le mettait en contact téléphonique avec Barack OBAMA. La seule hypothèse acceptable est, en effet, une erreur de Barbara puisqu’à White-House on a précisé que le Président des Etats-Unis n’avait jamais cherché à joindre le Président de l’Iran.

Il semble que Barack et Hassan aient bredouillé quelques excuses pour le dérangement mutuel, on dit même que ce cher Hassan aurait dit à Barack « Vous ne devriez pas confier à une femme le soin de gérer vos appels téléphoniques … », mais cette information ne sera confirmée qu’après l’accord du Guide Suprême. Toujours est-il qu’à son arrivée à Téhéran, Hassan ROHANI fut accueilli en héros comme quelqu’un de si important que Barack OBAMA l’avait appelé jusque dans sa voiture ! Ah ! si les Iraniens savaient que cet appel ne résultait que d’une fausse manip de Barbara, le prestige d’Hassan ROHANI n’aurait pas grimpé si haut.

Quant à moi, je suis un peu jaloux, car quand j’arrive enfin à table, mon épouse ne me fait absolument pas un triomphe. Vous voyez que tous les hommes ne sont pas égaux devant la téléphonie !

Jean-Paul Bourgès 29 septembre 2013

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