Quel est ton avenir ? Vers où vas-tu ?

En faisant le point et le bilan d’étape sur ton évolution, il me paraît que tu es en train de prendre un tournant majeur que l’on attendait depuis longtemps. Il me semble que c’est la reconnaissance de ton viol subi lorsque tu étais adolescente et le travail que tu accomplis dessus, qui a déclenché la dynamique de ta nouvelle démarche. Mais il faut éclaircir les points de tes divers blocages..

 

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En faisant le point et le bilan d’étape sur ton évolution, il me paraît que tu es en train de prendre un tournant majeur que l’on attendait depuis longtemps.
Il me semble que c’est la reconnaissance de ton viol subi lorsque tu étais adolescente et le travail que tu accomplis dessus, qui a déclenché la dynamique de ta nouvelle démarche.
Mais il faut éclaircir les points de tes divers blocages et aussi ceux qui assureront la réussite de cette démarche.

Ta peur

Ta peur est évidemment ton grand blocage. Mais je ne pense pas du tout qu’elle soit due à ton viol, elle est bien plus ancienne, et beaucoup plus structurelle. Pour analyser ta peur, je te compare à ton frère, vous avez tous les deux le même père et la même mère, mais tu es fille et il est garçon. Et je compare vos attitudes : tu as peur, ton frère n’a pas peur.

Vos projections vers l’avenir et le monde

Ton frère n’a pas peur : dès sa plus petite enfance il a suivi son père, physiquement en marchant et mentalement en tâchant de suivre sa pensée, il a toujours été tendu vers ce à quoi pensais son père. En s’identifiant à lui il a pris son chemin de pensée, il s’est ainsi projeté vers le monde et vers son avenir.
Toi, après avoir pris la manière d’être de ton père, tu t’es identifiée à ta mère puisque tu es une fille. Mais comme sa manière d’être à elle était contradictoire à celle de ton père, ton identification à elle s’est exprimée en lui résistant. Alors que ton frère se projetait vers son avenir et le monde en suivant son père, toi, tu as refusé l’exemple de ta mère, tu ne l’as pas suivie, son exemple était pour toi à ne pas suivre, tu t’es retournée face à elle pour lui résister, c’est là que tu as construit ton extraordinaire acuité de perception qui fait ta force et ta richesse.
Mais en même temps tu as systématiquement tourné le dos à ton avenir et au monde, qui te sont ainsi devenus des inconnus dont tu ne connais pas le chemin pour les rejoindre ; en conséquence ils te font peur, autant parce que leur inconnu te fait peur que parce que le chemin pour les rejoindre t’es aussi inconnu, tu ne peux pas l’emprunter.

Alors que ton frère emprunte ce chemin sans effort et sans même s’en rendre compte, il est pour toi une montagne menaçante insurmontable : ce chemin est pourtant le même pour l’un comme pour l’autre.
À mon avis, c’est là que tu as construit ta peur. Ainsi, ta peur fait partie de ta structure mentale depuis ta petite enfance. Elle s’exprime en t’empêchant de te projeter vers ton avenir et le monde.
Je ne pense pas du tout que ton viol en ait la moindre responsabilité, d’ailleurs si tu te compares à ton frère, sur le plan sexuel tu as pris des risques considérables alors que lui qui n’a pas peur, n’en a pas pris. Tu as peur, mais tu prends des risques dans certains domaines. Par contre, tu ne te projettes jamais vers ton avenir, ta peur fondamentale est là.

Tes mecs

A priori, on peut se demander pourquoi tu cherches à te mettre en couple, pour baiser tu n’en a pas besoin. Pour ne plus être seule ? Manifestement, en couple, tu restes seule.
Quel avenir avais-tu avec les mecs successifs que t’es choisis ? Manifestement aucun. Alors pourquoi les as-tu choisis ? À mon avis parce qu’ils ne présentaient pour toi aucun avenir : tu les as choisis pour ne pas avoir à affronter la peur de ton avenir.
Est-ce que tu aurais pu choisir un mec qui t’emmène, qui te fasse passer les épreuves que tu ne peut pas passer toute seule ? Non, parce que en définitive, ce mec prendrais son chemin à lui et pas le tien, il te mettrait sur « son » chemin : ça ne t’avancerait à rien et tu ne le supporterais pas.
Tes mecs ne peuvent rien pour toi, ce n’est pas de leur faute, tu les choisis pour te leurrer toi-même, pour ne pas avoir à affronter ta peur de ton avenir.

Tes relations

De même que tes mecs, tu choisis tes relations pour ne pas avoir à affronter ta peur, et tu te retrouves constamment dans la merde. Ces relations te plantent, mais ce n’est pas elles qui l’ont voulu, c’est toi. Tes choix de tes relations ne sont pas des erreurs, ce sont des choix positifs pour ne pas affronter ta peur. Alors évidemment cela te conduit à des impasses, et ce sont ces impasses qui te forcent à changer et à prendre ton avenir en main, mais tu retardes toujours le moment de le faire. Tes relations ne peuvent rien pour toi, parce que c’est toi qui dois faire le travail de vivre ta vie et d’en affronter les difficultés.

Ton argent


En conséquence, tu ne construis rien de ta vie, tu vis au jour le jour, dès que tu as de l’argent tu le flambes tout de suite pour être sûre de ne rien en faire pour ton avenir. Tu as touché 7000 euros pour ta rupture conventionnelle, tu l’as flambé tout de suite, tu n’as pas fait de voyage alors que tu avais les moyens de le faire sans avoir épargné préalablement. Tu dis que tes copines voyagent parce qu’elles mettent de l’argent de côté pour pouvoir le faire, mais toi, tu te débrouilles toujours pour ne pas avoir un euro devant toi et te trouver dans l’impossibilité de faire le moindre voyage, seule ou pas. Ce n’est pas la peine d’attendre qu’on te paie ton voyage, c’est toi qui dois prendre les moyens de le faire.
Je pense que ta non maîtrise de ton argent vient de là. Ce n’est pas une incapacité de maîtrise, c’est un refus de maîtrise de ton argent. Tu pourras bien avoir des gens qui t’aident à gérer ton budget, ça ne te servira à rien parce que tu ne veux pas le faire, c’est une volonté chez toi pour ne pas affronter ta peur de ton avenir.
Ne te leurre pas, tu ne résoudras pas tes problèmes d’argent par des aides techniques, tu les résoudra en affrontant et surmontant ta peur de ton avenir.

Avenir et monde

Je pense que la relation à notre avenir et celle au monde sont liées, et nous sommes tous concernés. Quand on se projette vers l’avenir, chacun le sien, on se projette dans le monde. Donc si on n’arrive pas à se projeter dans son propre avenir, on n’arrive pas à se projeter dans le monde non plus. D’ailleurs, ceux qui ont peur du monde, qui est ou qui vient, sont ceux qui ne s’y voient pas d’avenir, sinon ils n’auraient pas peur.
C’est pourquoi je pense que la maîtrise de ta peur de ton avenir est cruciale.

Ta nouvelle démarche doit être précisée dans ce qu’elle a d’essentiel

Depuis que ton viol a été révélé en tant que tel et que tu as entamé ta démarche, tu as commencé à éclaircir les différents aspects de tes « troubles », tu vas au fond de la question chimique et de la maîtrise de tes émotions, condition première de la maîtrise de ta vie. Tu en arrives à remettre en question tes relations et tes mecs, tu parviens enfin à envisager ta vie célibataire sans angoisse excessive, tu ne maîtrises toujours pas ton argent certes, mais tu t’engages concrètement dans une démarche globale et proactive… Ce qui démontre que c’est le traumatisme de ton viol qui verrouille la plupart de tes blocages, pas tous, pas celui de ta peur de ton avenir.

Mais ton engagement pour te projeter vers ton avenir est encore flou, on voit bien ce que tu es en train de faire : te soigner, te renforcer, retrouver ou trouver tes capacités de travail, d’équilibre, de maîtrises diverses… mais ta projection vers l’avenir est floue, c’est-à-dire qu’elle n’est pas vraiment assumée. Et ça, ça manque alors que c’est essentiel.

Quels sont tes projets d’avenir ?

Ta profession et ta peinture.

  1. Tout de suite, jusqu’à quand dure ton arrêt de longue maladie ? Fin septembre ou mi-octobre ? Qu’est-ce que tu envisages ensuite ? Une prolongation ? Jusqu’à quand ? Et ensuite ?
  2. Quand prévois-tu de faire ta formation de formatrice pour ce métier où tu es si douée ? Pour enseigner quand ? Où ?
  3. Peinture : qu’est-ce que tu prévois de créer, ou de produire ? Quand est-ce que tu prévois ta première exposition ?

Je ne te pose pas ces questions pour te forcer à produire ni pour accélérer, je te les pose pour que tu établisses un calendrier sur lequel tu t’appuieras pour avancer. Ce n’est pas la réalisation qui est ici en question, c’est ta projection vers l’avenir, et établir un calendrier c’est se projeter vers l’avenir. Parce que réaliser, travailler, avancer, tu le fais, mais tu le fais au jour le jour sans te projeter vers l’avenir, or pour dominer ta peur, il faut que tu arrives à te projeter vers ton avenir.

  • Voilà : construis un calendrier de la réalisation de tes projets, il faut qu’il soit réaliste, il ne doit pas être trop court, trop rapide, dont tu ne pourrais tenir les échéances.
    À mon avis c’est actuellement le plus important pour toi parce que c’est ta plus grande difficulté, celle qui te bloque.

Jean-Pierre Bernajuzan

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