Les huîtres, c'est comme les députés!

C'est la fête!

Le 19 juillet 1929, Le Charivari propose une caricature de Théophile Gautier avec un commentaire : 

« Théophile Gautier est de ce poil énorme

 Né coiffé ! Quel toupet puisqu’il n’est amoureux

Systématiquement que de la belle forme,

Il devrait bien changer celle de ses cheveux. »

Le rédacteur offre à ses lecteurs un article autrement plus intéressant sur les députés et les huîtres que de nombreux lecteurs ont dégustées, en ces périodes de fêtes :

« Il n’est pas de gourmet qui ne connaisse cet axiome essentiel, à savoir que les huîtres ne sont pas bonnes dans les mois de l’année qui n’ont pas un R, tels que mai, juin, juillet, août. Durant tous les autres mois, on peut en manger lorsqu’on les aime…

Or, vous, députés du juste-milieu, vous partagez avec les huîtres cette manière d’être. Ce n’est pas, du reste, le seul rapport que les députés aient avec les huîtres.

De même que les crustacés, ils ont leur bonne et leur mauvaise saison, et ces deux saisons, chose singulière, sont également marquées par les mois sans R. Le député va couci-couça de septembre à avril, quoiqu’il soit loin de valoir l’huître. Mais, depuis mai jusqu’à août, il n’y a plus de fond à faire sur le député. Huîtres et députés ne valent plus rien.

L’huître alors, se manifeste  par un goût saumâtre et une absence de fraîcheur. Le député se révèle par une vive impatience et une grande tendance à la volatilisation. Il s’évapore de toutes parts. D’ailleurs, dans les mois sans « r », les députés et les huîtres sont infiniment plus rares et on remarque de grands vides sur les bancs d’huîtres et sur les bancs des députés.

Les naturalistes disent que la première cause est que la trop grande chaleur ramollit leurs chairs. Quant aux députés, leur infériorité tient à ce que le chaud soleil leur fait désirer la campagne et les ramollit également dans l’exercice de leurs fonctions…

Sérieusement, c’est une chose très fâcheuse pour les affaires publiques et pour le Représentatif, que cet ennui de Paris et cette rage des champs qui rendent les députés impropres à leur service pendant quatre ou cinq mois de l’année. C’est même d’autant plus déplorable que cette torpeur d’été tend à augmenter de session en session, si bien que les députés finiront par ressembler aux marmottes, qui restent engourdies six mois tous les ans.

A quelque époque de l’hiver que vous convoquiez la chambre, elle fonctionne passablement… Je dis bien passablement. Mais dès qu’arrive le mois de mai, ne fût-elle réunie que depuis quinze jours, vous vous apercevez qu’elle commence à se trémousser et à tressaillir d’impatience ; au mois de juin, les congés sont demandés par centaines ; en juillet, on est obligé d’envoyer les huissiers à la pêche des honorables pour compléter les scrutins. La patrie serait en danger que les députés ne resteraient pas huit jours de plus à leur poste.. Chaque chose a son temps ; ce n’est que de septembre à avril qu’on peut s’occuper du salut de la patrie… »

Heureusement, les choses ont bien changé depuis ! Sur deux députés des Hautes-Pyrénées, un n’est jamais intervenu en hémicycle à ce jour (www.nosdeputes.fr). Il ne répond pas aux courriers qu’on lui envoie concernant, par exemple, la couverture mobile de notre département, dont certains habitants sont toujours en zone grise et ce, depuis des décennies. Trente présences à l’assemblée de juin à décembre 2017, ce n’est déjà pas si mal…     Merci qui?                                                                       

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