Varsovie. Une politique d'espaces publics. Contribution

 

Le présent texte fait suite à la participation à une réflexion et à un colloque à Varsovie, en juin 2008, sur le thème de la construction d’une politique d’espaces publics.Les espaces publics sont un facteur primordial de la qualité et de l’attractivité des villes.S’ils n’étaient auparavant qu’alloués aux voitures ou considérés comme sans intérêt ni usages, la plupart des cités s’y intéressent à présent, y compris en Amérique ou en Asie. Ce sont en effet des lieux de vie qui, s’ils ne peuvent jouer ce rôle, conduisent les citadins à partir souvent loin en périphérie, augmentant les trajets, la pollution, le coût en infrastructures, tandis que le confort, la vivacité de la cité, son attractivité diminuent.. Varsovie s’engage dans une politique de valorisation de ses espaces et devrait bénéficier de fonds européens importants pour favoriser son développement urbain. Les propos qui suivent sont une contribution à la démarche en cours, de quelqu’un qui a participé à de telles politiques à Lyon, Saint-Etienne, Saint-Denis, Copenhague, Lille, Naples ou dans des villes d’Amérique latine… Il est plus facile de dépenser de l’argent pour construire une autoroute que pour produire des espaces publics de qualité. Par nature ce thème est conflictuel, contradictoire et oblige à mêler des logiques opposées : les piétons et les voitures, les intérêts privés et publics, les points de vue des multiples utilisateurs… la complexité de la vie urbaine en fait. Donc la qualité ne se décrète pas, elle se construit et se défend à toutes les étapes, depuis l’analyse des fonctions à assurer jusqu’au choix des usages à favoriser et à la prise en compte de la gestion ultérieure. Produire de l’espace public nécessite des capacités d’étude, des compétences : des techniciens pour conduire les projets, des concepteurs - architectes, urbanistes, paysagistes- pour les élaborer. Mais il faut aussi une organisation, permettant le partenariat ou la prise de décision, car l’espace public est aussi social et politique. Alors si l’on passe outre, il est courant de dépenser de l’argent pour rien : des usages mal assurés, des espaces inconfortables et donc inutilisés, une gestion difficile, un paysage pauvre et peu accueillant…L’on ne vit pas que dans le centre mais dans tous les quartiers. Les espaces n’accueillent pas que le loisir mais de multiples activités urbaines.La mise en valeur ne doit donc pas concerner que la partie historique mais tout lieu de la cité, avec un investissement adapté à chaque situation mais toujours la même recherche de qualité. Et puis la vie urbaine est sédentaire et les squares, les places, les parcs doivent être embellis. Mais elle est aussi faite par exemple de mobilité. Les lieux commerciaux, les diverses centralités, les liens que sont les rues, les avenues, les lignes de trams, doivent donc aussi être rendus plus accueillants, être espaces de vie. Comment va-t-on à l’école, faire ses courses, prendre son bus? Tous forment la réalité des espaces de l’activité urbaine et il convient de traiter chacun avec soin pour produire une ville confortable. Il ne peut y avoir une politique de l’espace public et une politique qui facilite l’usage automobile. Trop souvent l’on traite quelques lieux prestigieux et l’on continue à produire de la voirie, de l’espace dans une logique fonctionnelle. Or l’on sait qu’il est vain et dangereux de développer sans fin l’usage automobile en ville. De plus cela mobilise argent et savoir sur des thèmes sans issue pour l’avenir des cités européennes, en contradiction avec l’objectif affiché de qualité et d’attractivité. En ce sens, il me semble que trop d’importance est encore donnée aux automobiles à Varsovie. Ainsi, dans certains projets nouveaux, le choix en faveur du confort urbain n’a pas été vraiment fait et de grandes voiries continuent à les traverser. De même il n’apparaît pas clairement, à l’échelle de la ville, en quoi les transports publics et la qualité des espaces sont une priorité, un choix de vie urbaine.
L’aménagement de la Vieille Ville avait pourtant en son temps montré brillamment l’exemple, la mise en valeur du quartier et des espaces publics étant prise comme l’objectif premier, l’accessibilité en voiture ou en transports en commun étant mise à son service.
L’objectif de Varsovie pourrait être de trouver peu à peu un rythme et une capacité de production capables d’améliorer la qualité de la ville en un temps court et en utilisant au mieux les budgets disponibles.Pour cela il serait opportun de partir de projets concretsEn effet de nombreuses actions sont déjà en cours sur le territoire. Alors plutôt que de relancer de nouvelles études globales, l’on pourra en analyser et évaluer, au fur et à mesure de leur étude et de leur mise en œuvre, les conditions de production (l’organisation, le processus de pilotage, de conception, de décision,…), le résultat escompté au regard de celui obtenu. Avancer en marchant permettra de mieux réaffirmer les objectifs, d’affiner les méthodes, de définir les rôles (les élus, les techniciens, les concepteurs, les habitants…), de mettre en place les partenariats, la concertation, d’aborder les différentes échelles urbaines, la transversalité. Il faut faire de la politique d’espaces publics une des priorités du développement urbain de VarsovieElle doit être au cœur des projets et non comme une recommandation que tous ceux qui changent la ville tous les jours auraient plus ou moins à suivre. Cela signifie lui accorder des moyens financiers et humains, lui donner dans l’organisation institutionnelle la place nécessaire, construire une véritable culture à son sujet, s’appuyant sur les compétences existantes et les renforçant de savoirs extérieurs, favoriser les visites, les échanges d’expériences avec d’autres acteurs, d’autres villes (France, Espagne, Allemagne, Hollande…), mettre en place une structure de conduite de projet, des modes de décision qui rassemblent élus et administration autour du même but : embellir la ville et renforcer la qualité de vie grâce à l’espace public. Priorité affichée, efficacité démultipliéeSi alors l’on concentre les budgets et les actions liées à des logiques sectorielles (les voiries, la lumière, les espaces verts, les déplacements, etc.) dans la recherche aussi de l’objectif de qualité d’espace public en plus de leur propre logique, l’efficacité et l’ampleur de cette politique en seront démultipliées, mutualisant budgets disponibles et effets vertueux induits. Cela suppose bien sûr de contrôler que tout nouveau projet, quelle que soit sa logique ou son maître d’ouvrage (transports en commun, voiries, nouveaux quartiers, développement urbain privés, etc.) soit attentif à la qualité des espaces et participe à la politique commune. Il est aussi nécessaire que le personnel de l’administration oriente peu à peu son métier vers la conduite de projets complexes, ce que beaucoup de villes ont à présent adopté, la conception étant assurée par des maîtres d’œuvre privés.L’implication de la population dans l’élaboration des projets devra également devenir naturelle, partie prenante du métier, même si elle ne se substitue pas à la nécessaire prise de décision politique. La ville n’évolue que peu à peu et c’est heureuxIl est illusoire de penser que le développement urbain peut se faire partout en même temps et il faut choisir les lieux, les territoires dont on favorise l’évolution, sur lesquels on réalise des études. Ce n’est pas en effet parce qu’il existe des espaces vides à tel endroit que les capacités financières ou la contribution du marché privé permettront par exemple que l’on y construise des activités ou des logements. Il est important de s’attaquer à la ville, aux quartiers existants d’abord : il y a beaucoup à faire c’est normal. Mais on devra également veiller à ce que les développements urbains générés par le marché produisent aussi de la qualité.On ne peut d’autre part escompter de l’intensité urbaine partout et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable (les quartiers résidentiels doivent être plutôt calmes, même s’il est nécessaire d’y trouver des services). Il faut là encore prioriser les lieux sur lesquels on souhaite renforcer l’ « énergie urbaine » et y concentrer les actions pour en additionner les effets. On y coordonnera alors des projets sur l’espace public, les commerces, les transports, le contenu des bâtiments ou par exemple les équipements.En conclusion Ce temps est un temps formidable pour Varsovie. La ville a eu dans son histoire à aborder son développement urbain dans des conditions parfois tragiques. Elle l’a fait souvent avec talent. Peut-être sommes-nous de nouveau dans une de ces périodes historiques. Mais cette fois les circonstances sont excellentes pour que Varsovie et ses acteurs relèvent le défi de la qualité urbaine. Texte à paraître dans un ouvrage publié suite au symposium international intitulé « Public space in urban context », Warsaw, juin 2008.

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