Compagnon du tour d'Europe

Travailler dans plusieurs villes européennes est passionnant à plus d’un titre.

Travailler dans plusieurs villes européennes est passionnant à plus d’un titre.

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Conduisant à aborder des contextes urbains plus ou moins complexes, des pratiques sociales différentes, des modes d’action publique singuliers, l’on en tire des impressions riches mais contradictoires et par exemple ce qui est vif et attachant peut n’être pas doux, et même ce qui est dur n’est pas sans attrait. Il faut du coup relativiser ses propres certitudes et l’on ne peut s’engager que dans une approche ouverte, attentive, curieuse des lieux. Divers rôles de consultant en urbanisme notamment à Lyon, Naples, Copenhague ou Saint-Denis, illustrent ce propos.

A Lyon, le modèle barcelonais a été source d’inspiration : l’appel à des créateurs, la recherche de créer des lieux contemporains répondant à la modernité de la vie urbaine. Mais la référence catalane a été adaptée à la capitale des Gaulles, apportant par exemple une même attention aux grands ensembles comme aux quartiers centraux. Convaincus par Barcelone, les politiques souhaitaient « faire une ville pour l’homme » dans une ville plutôt « pour la voiture ». On a donc aménagé des places, élargi des trottoirs, créé des parcs, retrouvé les berges des fleuves…portant un regard positif, bienveillant sur les usages et la vie dans l’espace urbain, sans dramatisation. Des méthodes ont été élaborées, des organisations mises en place…

Un passage à la mairie de Naples pour accompagner une politique d’espaces publics a constitué une immersion dans une tout autre cité. Ici l’histoire est très présente, des siècles de pratiques des espaces affleurent dans les rues, derrière une porte, une façade. Une véritable culture locale existe, faite d’usages qui sont l’expression d’une « vie citadine normale » coexistant avec d’autres parfois peu recommandables. Ainsi, dans les « quartieri spagnoli », là où espace public et espace privé interfèrent en continu, s’est créée une vie urbaine intense, vive, parfois même violente. Elle témoigne du fait que la vie urbaine n’est pas toujours éthérée mais que malgré les difficultés et les tensions, il est vital de donner de la qualité, du confort à une place, à un boulevard, d’améliorer la vie pour tout le monde, sans cette ambition illusoire de résoudre tous les problèmes.

Copenhague est moins vive que Naples, moins chaleureuse peut-être, plus calme aussi. Dés que les jours rallongent, il existe un véritable engouement pour la vie au dehors, les habitants « profitent ». Etranger, on est frappé par le fait que tous les lieux sont accessibles : espaces publics, semi-publics et privés sont, dans les cœurs d’îlots, mêlés sans clôtures, créant une grande richesse d’usages. Or personne, en France, n’oserait une telle proposition dans une grande ville de crainte des conflits. Cette situation ne vaut-elle que dans une société pacifique, sans violence affichée, qui prend soin de chacun et où tous cohabitent sans heurt ? Suite aux caricatures de Mahomet, des voitures avaient bien brûlé mais l’on pensait cet événement sporadique. Or les faits récents ont montré que Copenhague était à présent dans le monde, sujette aux soubresauts du monde. L’enjeu pour la démocratie danoise n’est-il pas alors de conserver cette vision confiante de la société urbaine, de confirmer ses valeurs de tolérance tout en créant les conditions pour qu’elles perdurent ?

La rénovation du centre-ville de Saint-Denis, ville populaire, chaleureuse et parfois dure, a profité des leçons de ces autres cités européennes. Il fallut du professionnalisme pour conduire et coordonner une quarantaine d’opérations touchant au commerce, aux espaces, à la culture...L’épaisseur historique de la cité des rois de France, la complexité sociale d’une terre d’accueil de l’immigration ont du être appréhendés. Une implication politique forte a été nécessaire, défendant un projet d’une société tolérante, accueillante et vivante et cherchant à apporter les conditions pour qu’elle advienne. Il a fallu une vision réaliste de l’espace public, intégrant le dynamisme mais aussi le conflit et la contradiction et concevant des lieux visant à apaiser, à cohabiter sans difficultés majeurs.

Le voyage instruit. Il montre que les projets doivent s’adapter à la ville, que la transformation peut être un ferment du dynamisme local. Il confirme aussi l’espace public comme un espace social, politique et culturel, qu’une vie meilleure est un droit quels que soient la pratique de chacun, son lieu de vie et son rapport à la société. 

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