1er mai 2019 juste : être l'un de plus

On me dira, on m'a toujours dit, depuis le 1er mai 1945 pas la peine d'y aller...EN 1945 J'avais 6 ans..Cette année 80. J'ai failli à cause de la fatigue ne pas.Mais finalement j'y fus ...Pourquoi ?

On me dira, on m'a toujours dit, depuis le 1er mai 1945 où ma maman – Gaby – militante du PCF, résistante, vendait pour le parti, le muguet du 1er mai et savait qu'à la sortie du pont « de chemin de fer » l'étranglement de la chaussée – dessous le pont – impliquait que le cortège, parti de la gare (gare du Mans) ralentissa son cours et marqua une pause.

On me dira, on m'a toujours dit que cela n'avait pas grande importance que j'y sois n'y sois pas à cette manifestation du 1er mai. Routine.

 

Mais depuis le 1er mai 1945, ou ma maman vendait le 1er mai du muguet, je suis plutôt resté sourd à ce que tous les « ons » pouvaient me dire. À cette surdité, trouver raisons . Ai décidé m'en faire devoir, ce jour de 1er Mai 2019 et pour cela revenir et élucider de ce qu'il en fut ce 1er mai 1945.

 

Nous enfin elle : maman, et ses deux jeunes fils, nous installons à la sortie du pont, parce qu'il était le bon endroit pour solliciter des manifestants du jour qu'ils procèdent à l'achat rituel du brin de fantaisie indispensable à la fête…

Gaby par conséquent vendait le muguet du PCF, ressource essentielle pour que l'organisation qui se voulait représentative des travailleurs, puisse mener à bien la lutte pour leur émancipation.

Elle ne pouvait quiter la petite table abondamment garnie des précieuses clochettes mais elle disposait de deux jeunes voltigeurs, prés à cavaler et détaler au premier signe venu avec les joyeux trophés. Car sans que cela soit la fête d'une guerre enfin gagné sur l'occupant nazi, ce n'en était pas loin. Donc la maman disposait d'un atout majeur avec ses deux charmants bambins, habillés comme des petits princes vu son état de couturière à façon (comme on disait alors) l'un, Jean-Marie, 5 ans dit « le petit » parce que cadet d'un an de l'aîné Jean-Pierre dit « le grand » (ce qui n'empêchait nullement la dite mère de prôner l'égalité entre les deux comme entre tous les hommes en général, femme comprise.) pour gagner le titre de meilleure vendeuse de muguet, qui lui vaudra bien souvent de se voir honorée d'une invitation à la fête de l'huma (invitation qui valait comme remboursement des frais de déplacement car à la dite fête, la même maman vendait à prix record de réduction des habits de poupée confectionnées avec les chutes de tissu de ces clientes usuelles et ordinaires.

En fait d'égalité, gaby aimait trop les enfants pour ne pas s'enticher de leur caractère et épouser en chacun sa singularité. Libres et respectés tels pouvaient se penser les « niakoués » comme elle disait en les interpellant. Mais la guerre d'indochine n'était pas encore le combat majeur qu'il devait devenir pour elle.

Ce 1er mai 1945, il fait un temps maussade et les petits sont encore bien couverts et emmitouflés. Lorsque, de dessous le pont de chemin de fer, surgit cette année-là, en tête du cortège une bizarrerie qui devait laisser le gamin que j'étais pourtant nommé «  le grand » ;  pantois !

C'est-à-dire pantelant de sidération.Normalement la pantoiserie relevait des privilèges du petit. Il y avait bien ce jour-là une anomalie qui devait m'arracher une demande d'explication :

« Maman… C'est quoi les Monsieurs en pyjama ? ».

En effet, en tête du cortège, s'avançaient les frêles silhouettes de deux trois personnes d'une vieillesse ou maigreur épouvantable, vêtus de pyjama rayé…

 

« Ce sont des déportés, ils reviennent des camps de prisonniers » dit Gaby et il s'ensuivit que les deux mouflets furent immédiatement diligentés,à se précipiter les bras chargés de brins de muguet au devant des déportés. Des messieurs nantis d'écharpes, délestèrent les enfants de leur présent, tandis qu'un déporté porta une main caressante et émue à mon visage. Frisson, révolte et fierté de ce contact. Une Histoire indélébile s'est ce jour là inscrite à mon front. Cette histoire serait mon histoire. Pour toujours. Condensation de mémoires. Ce jour là naquit que je serais le un de plus de Fête des travailleurs et commémoration de la déportation confondues. Indissociable.

Évidemment, la mère fut accablée de pourquoi, pourquoi ils sont en pyjama dans la rue en plein jour ? C'était leur tenue...Pour pas qui s 'évadent ?

Les camps ? C'était où ? Les « boches » comment ils les traiter ? Ils mangeaient comment ? Pourquoi ils sont comme ça si maigre ? Si vieux ? Ils ont fait ça à tous ceux qui zont pris ?

Prise de cours et peu encline à s'alanguir sur le sujet, la mère se fit plus disserte sur les déportés.
Mais si cette discretion vint à bout de la curiosité du petit, elle ne découragea pas le plus grand (peut-être aussi parce qu'il se construisait en opposition à l'autorité maternelle en tant que petit grand homme en devenir) de nourrir sa curiosité.

C'est donc en même temps que l'apprentissage de la lecture et de sa maîtrise que le grand pu étancher sa soif de savoir, devenant des la sortie de l'école primaire, vers 10 /11 ans, un spécialiste des camps de la mort : de Treblinka à Mauthausen, en passant par Auschwitz et Dachau…

« Ceux qui vivent » Edition Hier et Aujourd'hui qui deviendront Editions Sociales  de Jean Laffite racontant les exploits de la résistance communiste à Buchenwald devint sa bible jusqu'à ce qu'un Jorge Semprun, 50 ans plus tard ne prenne le relais ou l'apparition récente d'une Loridan-Ivens pour sa disparition.

Quant au « Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas » de Imre Kertész, il est devenu le livre des livres qui pensent ou permet de penser un devenir humain. Toujours lu et relu.

En ce lapse de temps, des enfants sont nés. Avec et pour lesquels, il a bien fallu trouver des raisons de vivre.

Pour le « grand » devenu vieux, la fête des travailleurs, est restée porteuse de la question des questions : qu'en est-il de l'espèce humaine ? Qu'en est-il de soi, dans le commun de cette espèce ? Le travailleur comme spécimen probant du juif qu'on extermine.

Comment se démerder avec ça ? Comment y comprendre quelque chose ?

Pourquoi cette confusion n'a jamais pu -à mes yeux d'enfant né en 1939- être altérée ?

Donc ce matin 1er mai 2019… Y aller ou pas ?

L'état de santé du présent scribe, certifié et reconnu comme des plus précaires… L'autorisait à en bouder l'office;

Office ? L'appellation en vient spontanément sous la plume. S’agirait-il d'une grand-messe laïquement squattée et d'un amour de Dieu qui s' iignore ?

De quoi n'est-on pas possédé ?

De tant de questions sans réponse !

Vers 10h45 ce matin, finalement, me fit religion, de rejoindre le cortège des autres, pour réfléchir à la pertinence, d'en être un de plus. Un autre de plus !

Voir l'effet que ça fait d'être un autre de plus.

Ne suis plus travailleur, ne l'ai jamais été. Ma maman, si. Ne suis non plus juif, ni exterminé, ni rescapé, ni rien.

Saisi du dilemme « fin du monde » ou « fin de mois » n'en pas finir de finir.

D'une fin de l'Histoire appelée préhistoire tant fut barbare et inhumaine, tant n'en sommes pas sortis.

Alors ?

 

Raison, conscience, dignité… Se mettre à l'épreuve du vif du sujet. Sujet historique.Sujet du jour. Dans le vif de son temps.

Mettre à jour sa conscience. Profitez de ce que certains n'en sont, n'en seraient qu'au commencement. Fraîcheur… Et plaisir éprouvé, étrangement, de ce que nous n'en serions qu'au début, quand bien même l'affaire serait en chantier depuis ma naissance !

Donc je fus je l'avoue avec un certain bonheur : l'un de plus !

Rien de plus que l'un.

N'ai fait que nombre. Me suis fondu dans la masse. Disparu.

Pourtant avec ou sans violence, me suis reconnu force !

Alors me revinrent en mémoire, quelques vers d’une saison en enfer d'Arthur Rimbaud. à Cause du mot force

 

« encore tout enfant, j'admirais le forçat intraitable, sur qui se referme toujours le bagne. Je voyais avec son idée le ciel bleu et le travail fleuri de la campagne; je flairais sa fatalité dans les villes.je voyais avec son idée le ciel bleu et le travail fleuri de la campagne ; je flairais sa fatalité dans les villes. Il avait plus de force qu'un saint, plus de bon sens qu'un voyageur — et lui, lui seul ! pour témoin de sa gloire et de sa raison.
    Sur les routes, par des nuits d'hiver, sans gîte, sans habits, sans pain, une voix étreignait mon cœur gelé : "Faiblesse ou force : te voilà, c'est la force. »

 

Peut-on faire l'économie du rapport de force ? Faire l'économie de la violence ?

Peut-on compter sur les riches pour une redistribution équitable de ce qu'ils ont inéquitablement arraché volé spolié aux travailleurs ?

Peut-on compter sur les serviteurs des riches pour une redistribution plus juste ?

 

Ne paraît-il pas plus plausible et raisonnable que les travailleurs en tant que tels veillent au grain? S'occupent eux-mêmes des affaires qui les concernent.

 

Autrefois il n'y en avait qu'un qui tirait les ficelles. On l'appelait Dieu on l'appelle toujours Dieu d'ailleurs. Cet un-là reste toujours disponible, pour le meilleur et pour le pire. Mais l'est de moins en moins côté en bourse.

Quand même on a pu repérer qu'il y a des uns, plus un que d'autres.

Ces uns là : grand patron est grande détenteur de capital, grand chantre de la liberté (ils en disposent incontestablement) jouissent d'assez d'argent (trop) pour s’offrir à gogo toutes les tenues de camouflage qu’ils veulent. S'offrir du personnel en masse (electorale. Moyennant la démocratie libérale qui leur convient et qu'ils ont à leur main)

 

Moyennant quoi, les uns du capital tirent les ficelles. Il leur faut des serviteurs zélés et un appareil d'État adéquat. Fort de cela. : les maîtres des une du Capital savent générer l'un-dividualisme et que l'Un préside et gouverne au mieux de leurs intérêts et au détriment des autres. Les démunis d'eux mêmes qui se fouillent pour savoir si ils sont !

Trouvent rien ou si peu dans leur poches qu'en déduisent qu'ils sont des pas grand choses. Des moins que rien. 

Fait qu'ils soient beaucoup pour qu'on les voit.

Il va de soi que les autres se présentent en ordre dispersé.

D'ailleurs l'un qui gouverne dispose d'une force spécialiste de la dispersion. Du dégroupement. Il aime les groupuscules plus facile à dissoudre qu'un peuple qui se dresse de proche en proche : les uns aprés les autres en attendant que ça arrive que l'un de plus ne soit pas un de trop. Bienvenu l'avenir. JP Dupuy

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