LA VOITURE, "LES GILETS JAUNES" ET LE RASSEMBLEMENT NATIONAL;

Contrairement à ceux, notamment des ministres qui ont affirmé qu'existait une concordance entre Rassemblement National et les "Gilets Jaunes", ces deux mouvements procèdent de causes différentes dont le principal point commun n'est ni politique, ni économique, mais "automobile". Hervé Le Bras.

Dans un texte paru dans la revue Etudes du mois d'avril 2019 le démographe Hervé Le Bras donne à voir les raisons de l'erreur macronienne à propos de la taxe écologique, mais il révèle aussi un aspect particulier de la relation des Gilets-Jaunes avec les partisans de madame Le Pen, particularité qui met à mal ce que prétendent Macroniens patents, latents, ou quiescents.

Le gouvernement et ses thuriféraires ont été très désagréablement surpris par l'ampleur et la persistance du mouvement du 17 novembre 2018; de leur point de vue  il y a une disproportion entre la modestie de la taxe et ses répercutions sociales.Pourquoi cette bévue? Parce que nous montre le chercheur, la Macronie qui prétend représenter le peuple rivé au sol, vit hors-sol; contrairement aux Gilets-Jaunes militants et sympathisants les décideurs macroniens habitent surtout dans les grandes métropoles et disposent de revenus élevés : 63% des Parisiens actifs n'ont pas de voiture mais seulement 9% des habitants des agglomérations de moins de 10 000 habitants. Selon l'Automobile Club de France, pour une Clio effectuant 18 000 km/an il faut compter 6 900 euros de dépense annuelle; une famille qui disposerait d'une Clio et d'une Logan, devrait débourser 11 600 euros annuellement. Quand on sait d'une part que le revenu médian dans les agglomérations de moins de 10 000 habitants est de 29 400 euros, et que de l'autre souvent contraints et forcés 48% de ces habitants disposent d'au moins 2 voitures, et 43% d'au moins 1 voiture, sans être grand clerc on voit tout de suite que des 29 400 euros annuels, il ne reste  pas grand chose pour vivre mais non vivoter.


Ainsi que le constate monsieur Le Bras, " Le vase que la petite goutte de la taxe écologique a fait déborder n'est pas celui des taxes qu'ils (les Gilets-Jaunes) paient, ni celui du seul coût de leurs véhicules, mais de l'ensemble de leur budget."Qui dispose de revenus élevés, et de surcroît de véhicules de fonction avec chauffeur parfois, a peine à comprendre que pour une peccadille de 50 ou 100 euros de plus par mois on se fasse éborgner, arracher une main, matraquer ou gazer. Cet ahurissement de la Haute pose en filigrane la question du rôle du parti macroniste: courroie de transmission des souhaits de la base vers le sommet, ou parti godillot?

 

Quels place et rôle attribuer au Rassemblement National et ses satellites dans le mouvement des Gilets-jaunes?
Le mouvement des Gilets-Jaunes reflétant le peuple français dans sa diversité, il eût été surprenant voire anormal que les partisans de madame Le Pen n'y fussent présents. Que le RN et sa périphérie aient dès le début par une agitation tonitruante tenté de caporaliser le mécontentement, n'est secret pour personne; ils ne furent pas les seuls: voir la tentative Tapie et celle des sous-marins macroniens.

Selon monsieur Le Bras, ni l'immigration, ni l'insécurité, ni même l'effondrement du Parti Communiste Français ne suffisent à expliquer l'irruption du Front National donc du RN à partir de 1978, et son envolée depuis puisque ces facteurs préexistaient; chacun avec angoisse ou jubilation voyait que le PCF perdait peu à peu du terrain depuis la percée de Jacques Duclos, même si cette chute ne fut manifeste pour le citoyen lambda qu'à partir de 1981.Pour le chercheur, une comparaison de l'influence du FN-RN entre les pays à population agglomérée parce que vivant dans un espace de champs ouverts, et ceux à population dispersée du bocage montre un fait marquant:" La carte de l'importance de la population agglomérée est pratiquement un décalque des scores du FN" qui a contrairement aux autres partis, su prendre en compte le malaise social créé par l'irruption et la banalisation de la voiture en milieu rural, et ses répercutions anthropologiques: pour la population du bocage, sortie de l'isolement avec le plus souvent maintien des liens sociaux; échappement du carcan plus ou moins étouffant de l'agglomération permettant de s'aménager un peu d'intimité, mais liberté s'accompagnant généralement d'une perte des liens sociaux antérieurs avec incapacité ou impossibilité d'en créer de nouveaux. En donnant une explication simpliste à ce malaise qu'il avait pressenti, le FN-RN apparut comme le parti qui se souciait du peuple: " Enfin un parti qui nous comprend!". À large échelle, il semble que l'influence du FN-RN ait peu variée bien que l'écart entre petites agglomérations et grandes villes se soit accru: moins de 5% à Paris, plus de 30% dans nombre de communes de moins de 500 habitants en 2017.

 

Quel avenir pour le mouvement des Gilets-Jaunes?... entre Nuit-debout et les Indignés espagnols, ou peut-être quelque chose d'inédit. La question reste ouverte.

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