NDOLO MON CALVAIRE.*

 

Poto-poto est une grande cité
Mais de toutes celles visitées,
Kin' est ville européenne en pays Noir.
Cherchant avec qui faire naître hoir,
Je bute sur une jouvencelle accorte
Et, Sabena en point de mire, sans escorte
À bord de ma pirogue Oiseau navigant,
Tel un grand je file sans prendre de gant.

Vers Ndolo, Ndolo ma chance et mon calvaire;
Vers Ndolo pour toi mon amour, mon univers.
À Ndolo tout échoue: le fleuve est à l'étiage,
Plus question d'amour, plus question de mariage.

Maluku dépassé, le Congo traversé,
Me voici à Ndolo tant controversé.
Mes affaires faites, je ferme boutique.
" Out!.." crie quelqu'un. Ici, incoercible tic:
" Tes papiers!"Suite à mon étonnement, une gifle
Puis une paire d'autres à mes oreilles sifflent;
Je tente de prendre jambes à mon cou,
Mais un gambetto m'arrête: pour eux, beau coup.

Vers Ndolo, Ndolo ma chance et mon calvaire;
Vers Ndolo pour toi mon amour, mon univers.
À Ndolo tout échoue: le fleuve est à l'étiage,
Plus question d'amour, plus question de mariage.

Sur moi s'abat l'orage de coups de matraque
Qui me roule par terre et de partout me traque.
Ô mon Dieu! Dieu des Arabes des Juifs des chrétiens,
Qui sont ces nouveaux dieux? Sont-ils pythiens?...
Que ma mère ressuscite et vienne à mon secours!
Ici ou ailleurs, pour l'Indigène nul recours:
Dans ma prison cale de bateau nul parpaillot.
Déshabillé, me voici revêtu d'un maillot.

Vers Ndolo, Ndolo ma chance et mon calvaire;
Vers Ndolo pour toi mon amour, mon univers.
À Ndolo tout échoue: le fleuve est à l'étiage,
Plus question d'amour, plus question de mariage.

Inspiré de Nzela ya Ndolo (Sur la route de Ndolo), poème chanté en premier dans les années 1950 par Antoine Moundanda poète congolais d'expression lingala et kongo dans le contexte du colonialisme franco-belge agonisant; mais l'agonie s'éternisant, les choses n'ayant pas fondamentalement changé depuis, Théo Blaise Kounkou autre poète congolais nous l'a remis en mémoire.
Ndolo: quartier de Kinshasa.

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