UN MATIN, AVENUE DES TROIS FRANCS.

Au loin, un interminable grondement ; le ciel se drape de noir : c’est un nuage de fumée lourd de menace.

 

Au loin, un interminable grondement ;
Début juin : depuis deux semaines, c’est la saison sèche ;
En ce début juin de saison sèche,
Le ciel se drape néanmoins de noir.

Au loin, un interminable grondement
En ce début juin de saison sèche ;
Au loin, un interminable grondement ;
Le ciel se drape de noir :
C’est un nuage de fumée lourd de menace.

Au loin, un interminable grondement 
En ce début de saison sèche ;
Au loin, un interminable grondement ;
Alors, le ciel se drape du noir
D’un nuage de fumée lourd de menace :
C’est le droit de la force qui avance.

Au loin, un interminable grondement
En ce début juin de saison sèche ;
Le ciel se drape,
-- Craché par le droit de la force qui avance--,
Lourd de menace, du noir d’un nuage de fumée
Empesté d’un air asphyxiant et empyreumatique :
C’est la ville qui brûle.

Au loin, un interminable grondement
En ce début juin de saison sèche ;
Le ciel se drape,
--Craché par le droit de la force qui avance--,
Lourd de menace, du noir d’un nuage de fumée
Empesté d’un air asphyxiant et empyreumatique
De la ville qui brûle ;
Sous nos pas, la terre tremble de rage.

Ce sont eux !…

Portés par des chants guerriers et de lestes rengaines,
Ils arrivent avec leurs chars, canons et fusils :

Alors,

Afin de soustraire à leurs yeux
L’horrible spectacle du viol de leurs filles,
Nous avons noyé nos pères dans le fleuve ;
Dans le but de préserver en eux
Un reste d’humanité,
Nous avons noyé nos fils dans la forêt profonde.

Voulant à tout prix
Qu’elles demeurent à jamais naïades et pures,
Nous avons noyé nos filles dans la source claire.

Souhaitant leur épargner
L’épouvantable scène de l’inceste adelphique,
Nous avons noyé nos mères,
INUKSHUKS infrangibles, sous un tas de pierres.

Mais,

Quand les chars auront passé,
Le fleuve offrira des pêches miraculeuses,
Et la forêt profonde, des chants d’oiseaux ;
Puis la source claire, une eau panacée ;
Enfin, le tas de pierres, des arbres aux fruits d’or .

Aussi,

De la voix, de la plume ou du pinceau,
Reprendrons-nous le combat pour notre dignité.

 

 

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