On comment Jacques Derrida fit le silence sur le silence de Heidegger

Le silence de Heidegger après 1945 est de même nature que le silence tactique qu’il pratiquait depuis les années 20.

Le silence de Heidegger après 1945 est de même nature que le silence tactique qu’il pratiquait depuis les années 20. Derrida, piégé par Heidegger, soutint que le silence de Heidegger après la guerre à propos du génocide et de ses propres positions d’alors était justifié parce que l’expression d’un quelconque regret et d’une demande de pardon n’auraient servi à rien en tous cas pas à rendre compte du monde où cela a été rendu possible. Je soutiens au contraire que ce silence est un silence d’approbation et de satisfaction et cela d’autant plus que Heidegger a été profondément affecté par l’effondrement militaire du IIIème Reich. « Au moins il y a eu Auschwitz ! Nous avons gagné une bataille essentielle contre les Juifs » ! (La bulle est de moi bien entendu).

La preuve ? Voici  une « critique » du national-socialisme réel consignée par Heidegger dans les Cahiers noirs au cours de l’année du rectorat. C’est une critique « à droite » et non « à gauche ».

« Le national-socialisme n’est une authentique puissance en devenir que s’il a, par-delà toutes ses paroles et tous ses actes, autre chose encore sur quoi garder le silence – et s’il agit avec la force d’une retenue qui se réserve pour l’action future. /…/ Mais si le présent se trouvait déjà être une chose acquise et volonté réalisée, alors il n’y aurait plus rien d’autre à faire que trembler d’effroi à la perspective du dévalement ». (Heidegger, Réflexions II-VI, Gallimard page 128).

Le ce sur quoi il faut garder le silence c’est précisément l’extermination massive des juifs. Heidegger était un génocidaire acharné. Ce fut le motif essentiel de son ralliement à l’hitlérisme. Sans cela le nazisme n’aurait été à ses yeux que du pipo. Sachons en effet entendre ce qu’il a dit avec l’expression « qui se réserve pour l’action future ». Le génocide ne commença effectivement que 8 ou 9 ans après l’année du rectorat. De quoi piaffer d’impatience ! Mais que fit Heidegger, après le rectorat, dans la commission pour le droit allemand ?

On comment Jacques Derrida fit le silence sur le silence de Heidegger.

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