Sur Ayotzinapa, article de Gloria Muñoz Ramírez

Ce texte a été publié dans le quotidien La Jornada. Gloria Muñoz y tient une rubrique intitulée "Ceux et celles d'en bas"

Le président de la république fédérale mexicaine, Enrique Peña Nieto, venait de faire savoir sa "sympathie" aux étudiants "affectés" (sic) par le massacre d'Ayotzinapa...

Ils n’ont pas été « affectés »
Gloria Muñoz Ramírez
 
Ils n’ont pas été « affectés », Monsieur le Président, ils ont été
assassinés. Maintenant il se fait que tout le monde était au courant et
que personne n’a rien dit. On dit en haut que l’affaire est liée au crime
organisé allié avec quelques policiers, un maire peu recommandable, son
épouse et son beau-frère. Et la version de la guérilla locale n’est pas
très différente: des brigades justicières s’en sont prises au groupe
délictueux « Guerreros unidos », comme si c’était un fait divers, comme
s’il ne s’agissait pas d’un crime d’État.

Dans une atmosphère aussi lourde, que peut-on apporter? Que Cuauthemoc
Cardenas a été agressé par des gens qui le voient comme ce qu’il est : le
fondateur et la figure morale du Parti de la révolution démocratique,
celui-là même auquel appartiennent le gouverneur défendu jusqu’à
l’ignominie par ses collègues, le maire en fuite et toute la bande des
complices du massacre? Inadmissible, l’agression. Oui. Mais pourquoi
aucune analyse ne se focalise-t-elle sur l’indignation des jeunes et des
proches qui rejettent totalement l’institution électorale et électrice peu
précautionneuse de voir des délinquants potentiels rejoindre ses rangs? Le
dire n’est pas politiquement correct, on peut se retrouver accusée
d’encourager la violence. Mais il n’en va pas ainsi. Le peuple a gardé la
mémoire.

Les étudiants survivants racontent la persécution et le massacre. Des
vidéos circulent où l’angoisse et la terreur vécues sont racontées en
détails. Ils donnent des preuves graphiques qui accusent les patrouilles
impliquées. Et ils refusent encore et encore la version officielle qui
circule annonçant ce qui est à venir. Eux et les proches des 43 étudiants
disparus nient que les cadavres trouvés à présent dans les neuf fosses
communes soient ceux de leurs enfants et de leurs compagnons. « Ils ont
été enlevés vivants, nous les voulons vivants » est plus qu’une consigne.
Que peut-on dire de plus après cela?

La condamnation nationale et internationale est arrivée, bien qu’avec 14
jours de retard. Pendant que les étudiants de la polytechnique
accaparaient les caméras et la parole, les indigènes d’Ayotzinapa étaient
écartés. Il a fallu qu’apparaissent les fosses pour qu’on prenne toute la
mesure de la tragédie et que la presse internationale se retourne. Et
ensuite la « découverte » de ce que, à ce qu’on dit maintenant, tout le
monde savait.

Que demander de plus? La démission du gouverneur Angel Aguirre? Ce n’est
rien du tout et ils ne veulent même pas donner cela. Si Zedillo est passé
à l’histoire comme le responsable du massacre d’Acteal, pourquoi à présent
n’établit-on pas de responsabilités présidentielles?

Qu’ils fichent tous le camp, comme disent les Argentins.

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