« Bamako-Paris », un aller simple pour la vie

Bouleversé par un fait divers d’un jeune Malien qui pensait atterrir à Paris accroché à l’aile d’un Airbus, l’écrivain Ian Soliane s’en empare pour écrire une pièce, un hymne à la vie interprété avec joie par Jonathan Manzambi.

Quand les spectateurs entrent, le corps est sur la table d’autopsie enfermé dans un long sac à l’abri des regards. Tout commence lorsque l’assistante du médecin légiste fait glisser doucement, presque voluptueusement, la fermeture éclair le long du corps. Tandis que le corps apparaît quelque peu, à demi caché par ceux qui se penchent sur lui – le médecin légiste (Cyril Hériard Dubreuil), son assistante (Valérie Diome), le policier de service (Roberto Jean) –, c’est l’âme du défunt qui s’échappe et va rejoindre le corps d’avant, celui du vivant, celui qui croyait à une autre vie.

C’est ainsi que commence Bamako-Paris, une pièce écrite par Ian Soliane et mise en scène par Cécile Cotté. Plus volontiers écrivain de roman (La Bouée, dernier titre chez Gallimard), Ian Soliane a été bouleversé par le fait divers largement évoqué dans les médias, l’histoire d’un jeune Malien qui, trompant les vigilances sur le tarmac de Bamako, s’est accroché au train d’atterrissage d’un Airbus A320 en partance pour Paris et dont le corps a été retrouvé, pas beau à voir, après l’atterrissage.

Scène de "Mamako-Paris" © dr Scène de "Mamako-Paris" © dr
Tandis que le médecin légiste, avec une froideur toute professionnelle et un langage clinique précis, détaille dans son dictaphone les caractéristiques des nombreuses lésions qui ont entraîné la mort, tandis que le policier noir semble tétanisé par ce qu’il voit et que l’assistante traverse quelques moments de faiblesse, Ibou reprend vie sur la table d’autopsie métallique devenue piste d’envol.

Jovial, suant d’espoir, corps massif et bondissant, l’acteur Jonathan Manzambi porte haut et fort les mots de Ian Soliane, avec une gourmandise qui semble ne jamais être assouvie. Même quand le froid, le vent cinglent son corps simplement couvert d’un T-shirt. Même quand les très basses températures engourdissent son sang.

Alors, sachant ses heures compter sans trop vouloir le savoir, Ibou dit tout. Tout ce qu’il doit à sa mère, à la nature, aux parfums, aux êtres aimés. Assailli par le gel et le bruit infernal des puissants réacteurs, il pète le feu. Le voici qui se lève, grimpe sur la haute structure métallique qui l’entoure, métaphore des murs dressés aux frontières, mais aussi des cages et des prisons où l’on enferme les êtres sauvages (intelligente scénographie d’Emma Depoid). Alors qu’il gît mort sur un plan horizontal, il gagne la course à la verticalité.

Servie par un acteur débordant d’énergie, la pièce de Ian Soliane, évitant les pièges doloristes du genre, est un puissant et poétique hymne à la vie. Traduite en plusieurs langues, la pièce est jouée présentement dans sa langue originale, le français, langue passionnément caressée par cet auteur né d’une mère française et d’un père amérindien.

Bamako-Paris à Anis Gras (Arcueil), à 14h30 et 19h les 1er, 2, 5, 7, 8 et 9 février ; le 19 fév au théâtre de Chelles à 20h30.

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