Certains ont la bosse des maths, Jacques Rebotier a, lui, le dos de la langue. C’était là d’ailleurs le titre d’un de ses ouvrages (Gallimard, l’Arbalète). L’animal -car c’en est un- essaime de-ci, de-là, au gré des éditeurs qui accueillent l’énergumène comme un seul omme (confère sa Description de l’omme, une encyclopédie, chez Verticales). De ses 47 autobiographies (Harpo et &) à ses Vengeances tardives ( Solitaires Intempestifs), il n’est jamais en mal d’adresse(s). Qu’il se produise sur une scène, seul ou avec des actrices-chanteuses telle la sublime Élise Caron ou qu’il prenne un café matinal au Réveil du 10e (son rade favori), l’omme Rebotier (il a enterré son h on ne sait où) est toujours à l’affût . Il chasse les mots comme d’autres les lièvres, d’ailleurs il les prend pour des lièvres et cherche leur terrier. Chaque soir, il déballe sa gibecière et, assis à son bureau ou allongé sur son plume autobio, jusque tard dans la nuit, éclairé par l’écran blafard de son ordi, il fomente des festins langagiers.
Je viens de recevoir son dernier butin ou bulletin, Animaux de transport et de compagnie 199. Comme le titre l’indique, il a collectionné quasi deux cents explorations souvent mises en dessin par l’ami Wozniak. N’y cherchez pas le moindre ordre alphabétique, au demeurant certains mots reviennent plusieurs fois. C’est le cas de la girafe qui revient par trois fois au parloir. Qu’est-ce que la girafe ? « La girafe est un animal métaphysique, en ce sens qu’il se tient haut au-dessus de la physique. Comme l’araignée. Toutes deux ont un très long cou, mais la girafe a son cou loin sorti du corps. L’araignée absolument pas ». Imparable.
J’ai un faible pour le papier bulle qui déboule en vers libres : « Pif paf, croc/ piétine, / pétard rouillé/ crépite,/ faux champagne/ terroriste de poche/ poc,/ et encore poc,/ tu est le pitre de mes pieds ». Je vous laisse découvrir les deux occurrences de la tondeuse à gazon, les trois de la mort ou les charmes de l’abattoir pour ne rien dire de sa passion récurrente pour le H5N1.
Un dernier animal pour la route. Tenez la gomme que son auteur a eu raison de ne pas gommer :
« La gomme est un animal de compagnie du genre itératif inquiet. A peine l’avez-vous saisi par le dos qu’il est pris d’une belle frénésie va-et-vient. Personnalité détachante, il se déchaîne sur surface blanche, ou quasi. Il fait la tache. On en reste durablement secoué. En réalité, on a fait du sur-place. »
Jacques Rebotier, Animaux de transport et de compagnie 199, dessins de Wozniak, Le Castor astral, 112p, 15€