Ma grand-mère Marie-Thérèse avec un M comme Marilyn Monroe et comme Moi

Chronique des créations en voie de disparition (8). Céline Milliat Baumgartner poursuit son introspection familiale, filiale et théâtrale avec une troisième pièce « Marilyn, ma grand-mère et moi » où, tout en restant elle-même, elle joue tous les rôles. Poupoupidou !

Scène de "Marilyn, ma grand-mère et moi" © Manuel Peskine Scène de "Marilyn, ma grand-mère et moi" © Manuel Peskine

La femme et l’actrice, la vie et le théâtre sont inextricablement liés dans les spectacles de Céline Milliat Baumgartner dont elle est l’interprète principale, voire unique, et l’une des héroïnes. Dans Les Bijoux de pacotille (lire ici), Céline donnait une nouvelle vie à ses parents disparus dans un accident de voiture lorsqu’elle était enfant. Chemin faisant, on comprenait qu’elle était fascinée par sa mère disparue, une actrice de cinéma, la première française à oser jouer nue devant une caméra, nous disait la fille en passant. Ceux qui avaient vu son premier spectacle, Striptease, ont fait alors le lien, d’une part avec la vocation de Céline comme fléchée par le destin (telle mère, telle fille) et, d’autre part, le pourquoi du sujet abordé dans ce premier spectacle avec une belle délicatesse (lire ici). Dans son troisième spectacle, voici que maintenant Céline Milliat Baumgartner aborde la figure de sa grand-mère maternelle. C’est une personne qu’elle a bien connue et avec laquelle elle a entretenu une longue complicité jusqu’à sa disparition.

Sa grand-mère n’a pas été une actrice. Jeune, elle travaillait dans un hôpital. Néanmoins, elle avait le même âge que Marilyn Monroe, les deux sont nées en 1926. Marilyn est morte jeune (comme la mère de Céline), à trente-six ans. L’actrice (Céline) nous dit que lorsqu’elle était jeune fille et rêvait peut-être déjà d’être actrice, elle avait un poster de Marilyn punaisé dans sa chambre. Le ping-pong fondateur de ses spectacles remet une pièce dans le jukebox intime : l’actrice et autrice des trois pièces fait la navette entre sa grand-mère Marie-Thérèse et Marilyn, admirant l’une autant que l’autre, et jouant les go-between. Le titre du spectacle joue cartes sur table : Marilyn, ma grand-mère et moi. Tout s’entrelace, se tricote, se détricote, se renvoie la balle. A chacun ses signes de reconnaissance : les pieds nus marchant sur les pointes disent Marilyn, la femme assise c’est la grand-mère et, debout tournée vers le public, les yeux brillants comme constamment étonnés et émerveillés d’être là, c’est l’actrice.

Valérie Lesort qui signe la mise en scène et la scénographie, sachant que le spectacle devait tourner dans toutes sortes de théâtres ayant des scènes plus ou moins grandes et plus ou moins bien équipées, a opté pour une efficace sobriété : à gauche, le piano (et son pianiste-acteur Manuel Peskine) ; au centre, un cercle délimitant l’espace du jeu ; au fond, une vieille et imposante armoire normande dont les portes s’ouvrent et se ferment, comme les volets d’un castelet. C’est là, entre deux portes, qu’apparaît Marilyn marchant sur la pointe des pieds vers le micro. C’est de l’armoire que la grand-mère sort des vêtement d’enfants, c’est de là que le pianiste apparaît avec une perruque blonde comme dans un film de Marilyn, vous devinez lequel. C’est là que l’actrice cherche le trésor qui y est caché. Une belle armoire à jouer. L’idée n’est pas nouvelle au théâtre, mais elle est increvable et parfaitement mise en scène.

La grand-mère nous raconte avoir été séduite à l’hôpital par un irrésistible chirurgien. Enceinte de ses œuvres, le chirurgien procède à l’avortement. De nouveau enceinte, elle épouse cet homme volage. Marilyn, elle, n’a pas le droit de tomber enceinte, c’est inscrit dans ses contrats. Quant à l’actrice, elle fera une fausse-couche entre deux scènes. Céline Milliat Baumgartner se glisse d’un personnage à l’autre, souvent, et c’est encore plus beau, imperceptiblement. 

Quand, accompagnée par le pianiste, l’actrice chante « Striptease », c’est Marilyn qui enlève un à un ses oripeaux. Jeu de masques et filiations. « Ma grand-mère m’a donné tout ce qu’elle n’avait pas donné à sa fille. Elle m’a parlé comme elle n’avait jamais parlé avec sa fille », dit l’actrice. Quand sa grand-mère meurt, le hasard – il n’y a pas de hasard – fait que c’est la chanson préférée de Marilyn que l’on entend à son enterrement.

Avant-première vue pendant le confinement, inaugurant le nouveau Théâtre de Domfront en Poiraie dans l’Orne, un spectacle porté par Le Préau à Vire, CDN de Normandie. Les représentations dans le bocage normand et au Préau sont reportées. La première devait avoir lieu au Vivat d'Argentières le 13 janv, puis les 15 et 16 au théâtre de Villefranche. Le spectacle devait être vu ensuite du 9 au 11 fév au Théâtre de la Manufacture à Nancy, le 19 fév à l’Eclat de Pont-Audemer, du 23 au 25 mars à Paris au Grand Parquet (il le sera, mais uniquement pour des professionnels et des journalistes). Sera-t-il visible le 8 avril au Théâtre du pays de Morlaix? Rien n’est moins sûr.

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