Bernard Bloch : Jérusalem en soixante voix

L’auteur, acteur et metteur en scène Bernard Bloch est retourné à Jérusalem avec plein de questions. Posées au fil de soixante entretiens avec ceux qui y vivent ou y travaillent. il est revenu avec des réponses, encore des questions et un spectacle : « LA SITUATION, Jérusalem- Portraits sensibles ».

 

Berbard Bloch et ses camarades dans une scène de "La situation" © Philippe Delacroix Berbard Bloch et ses camarades dans une scène de "La situation" © Philippe Delacroix
Après un premier séjour en 2013, à la faveur d’une bourse de la Villa Médicis hors les murs, Bernard Bloch est retourné en 2016 dans un pays qu’il nomme ici Palestine-Israël et là Israël- Palestine. Comme vous pouvez le constater ça se complique dès la première phrase. Dit autrement Bloch a passé plusieurs mois à Jérusalem.

A l’issue de son premier séjour trois ans plus tôt, il avait publié un livre 10 jours en terre ceinte (rien à voir avec le livre de John Reed Dix jours qui ébranlèrent le monde, probable lecture de Bloch dans sa lointaine jeunesse). Il fut sans doute fortement ébranlé par ce séjour puisque en plus du livre et en homme de théâtre qu’il est depuis longtemps, il en avait également rapporté la matière d’un spectacle  Le voyage de D. Choib.

En y retournant trois ans plus tard, Bloch avait une idée en tête, sans doute née de l’expérience de son premier voyage : rencontrer des gens, hommes et femmes de plusieurs générations ayant en commun de vivre ou de travailler à Jérusalem. Il a ainsi rencontré une soixantaine de personnes. Ces soixante entretiens ont servi de matière première pour ce nouveau spectacle : LA SITUATION (Jérusalem-Portraits sensibles).

Bloch n a pas imaginé une fable à partir de cette riche matière, il a préféré reconstituer théâtralement ces moments de paroles dan un spectacle en deux parties avec neuf comédiens jeunes ou moins jeunes (nommons les : outre Bernard Bloch, Etienne Coquereau, Hayet Darwich, Rania El Chanati, Camille Grandville, Daniel Kenigsberg, Muranyi Kovacs, Jonathan Mallard,  Zohar Wexler).

Dans la première partie (deux heures environ), Bloch reste en lisière et c’est un jeune acteur qui joue son rôle (deux bonnes générations les séparent). Il interroge tel ou telle, à l’est de Jérusalem, à l’ouest, posant les mêmes questions, des questions qu’il se pose aussi à lui-même. Dans la seconde partie (un peu plus courte), Bloch joue son propre rôle, les entretiens (toujours sur le mode question/réponse) continuent. A cette différences près que les acteurs tiennent des rôles qui sont pour la plupart ( tous ? ) à l’opposé de ce celui qui était le leur dans la première partie, d’ailleurs, ils changent aussi de costumes.

Tout cela se passe sur une scène plutôt ouverte où des chaises en plastique sont disposées un peu partout, souvent avec un petit oiseau accroché à leur dossier pour leur tenir compagnie quand  elles sont vides. Coté cour pour la première partie et jardin pour la seconde, un musicien derrière ses console set claviers (Arnaud Petit et Yannick Lestra en alternance) aère et égaie l’atmosphère où fleure bon l’écoute de l’autre et non l’affrontement, même si les idées des uns plus que des autres restent ancrées dans du béton. Au fond de la scène une tente blanche qui ressemble étonnement aux tentes où l’on vient se faire tester en quinze minutes pour savoir si on a ou chopé le virus. Coïncidence hasardeuse ou pas qui laisse rêveur: que font ils derrière ? On se pose la questions sans pouvoir y répondre. De fait c’est un spectacle qui se et nous pose des questions.

Pas de réponse toutes faites, pas de discours mûrement rodés, pas de professionnels de la parlotte, mais des paroles, des voix qui s’opposent mais toujours s’écoutent. La somme des paroles formant une sorte de parlement. Il y a ceux qu sont là depuis des lustres, d’autres arrivées depuis quelques années. Il y a des juifs, des musulmans, des chrétiens. Et il y a les pierres de la vieilles ville, les odeurs, les couleurs qui ne font l’objet d’aucun contentieux et souvent rassemblent avant que l’adversité ne vienne titiller les consciences. Et puis il y a les territoires occupés, Oslo, les contrôles, l’Alya des uns, la Naqba des autres. c’est compliqué. C’est noueux, et pourtant ça vit côte à côte , parfois en chien de faïence, parfois en s’épaulant. Un état dit l’un, deux états dit l’autre…Initialement le spectacle devait durer 4h30 avec entracte….

Pour vous donner l’envie d’aller entendre ces brassées de paroles diverses et possiblement contradictoires, voici un petit extrait, un dialogue entre Rabia et Illissah :

« Rabia. Avec ma famille, nous étions allés rendre visite à ma sœur aînée qui fait des études à Berlin. Des gens assez jeunes, assis à la même table que nous discutaient ensemble en anglais. Tout à coup, l’un d’eux qui nous a sans doute entendu parler arabe nous a demandé en arable notre pot de moutarde Et ses copains nous ont dit merci en hébreu. Du coup, on a engagé la conversation. Personne ne savait plus qui était juif, qui était musulman, mais ce qui était clair, c’est que nous venions tous de Palestine. Enfin, d’Israël…

Illissah. Quand on ne sait pas qui est qui, tout est plus simple... »

Dialogue qui , ces jours ci, où "les échanges" sont ceux des armes et des bombardements, prend une étrange résonance.

Spectacle vu lors d’une séance réservée à une poignée de professionnels et journalistes au Théâtre de l’Échangeur à Paris où il était programmé du 3 au 13 février. séances annulées. Le spectacle sera du 20 au 22 mai à la Comédie de Saint-Etienne puis du 3 au 5 juin au théâtre de Dijon-Bourgogne dans le carte du festival Théâtre en mai rebaptisé Théâtre enfin!.

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