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Billet de blog 4 mars 2022

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Ah la la, vous avez vu « Là » ?

« Là » Le nouveau spectacle du Baro d'evel vient de faire salle comble à Paris au Théâtre des Bouffes du nord, Il n’allait pas en reste là alors « Là » a repris la route en alternance avec les deux précédents spectacles « Mazut » et « Falaise ». Cela fait vingt ans que cela dure et c’est le moment pour le couple fondateurs de raconter leur histoire dans un beau livre en mots et en images.

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Scène de "là" © François Passerini

Les spectacles les plus désespérément simples sont souvent les plus beaux (pour paraphraser Alfred de Musset en le tordant un peu). Comme le titre l’indique c’est le cas de . Oui l’essentiel est là dans, le Baro d’evel dans son plus simple appareil : un homme, une femme, un animal et un espace à habiter et à maculer de traces. Camille Decourtye, et Blai Mateu Trias (le couple fondateur) et le corbeau-pie Gus (oiseau dramaturge) après un long training en ont conclu que c’était le moment de donner le . Ils ont aussi tenu à y adjoindre un sous-titre des plus explicatifs : « pièce en blanc et noir pour deux humains et un corbeau-pie », , c’est exactement ça. Du Baro d’evel à l’os, sans apparats, sans sabots, du jus réduit à sa plus simple expression.« Que reste t-il quand on a tout enlevé ? » se demandent-ils. « Il reste le blanc «  disent- ils tout en songeant à aller encore plus loin une prochaine fois.

Le blanc c’est le « blanc de Meudon » étalés sur les trois pans du décor formant une sorte de U renversé tirant sur le V. Le blanc recouvre un fond noir et dès que le doigt ou le pinceau ou le dos s’y frotte, le fond apparaît. Ainsi naissent des rivières, des ciels, des chemins, des circulations, à chaque soir son histoire de signes.

Dans Beaux gestes, le livre des vingt ans, Blai Mateu Trias explique que la toile qui a servi pour les panneaux de est une toile de chapiteau ayant servi à plusieurs spectacles. « Cela me fait penser à Tapiès, dit le cofondateur catalan du Baro d’evel, à son premier rapport au blanc de Meudon qui tenait aussi de cette alchimie du garagiste, de celle de l’inventeur de foire. On y est arrivé par plusieurs bouts et coïncidences, aides et collaboration notamment avec Bonnefrite, Frederic Amat, Luc Castells et Mal Pelo, évidemment. » Ce dernier mot résumant l’ancienneté de ces complicités (auxquelles il faut ajouter celles de Maria Muňoz et Pep Tamis).

L’exemple de cette toile vaut pour le reste : chaque spectacle du Baro d’evel se nourrit des précédents et le nouveau lorgne déjà vers celui qui suivra. C’est sans fin, chaque spectacle épuisant le contenu de la besace qui ne cesse de s’enrichir. On avait vu Gus s’envoler avec une lettre dans un autre spectacle, cette fois il la déchiquette. La variation est reine Chez Baro d’evel et chaque spectacle poursuit le feuilleton, la geste des précédents comme cette façon unique de traverser les murs en commençant par la tête. Les spectacles se répondent, se font des signes, les spectateurs fidèles (tous le sont) sont en pays de (re)connaissance tout en étant à chaque fois comblés de surprises : ah dans ces pieds de micro et leur cohorte de fils...Ah cette escalade à l’envers…

Interrogé dans le livre par Barbara Métais-Chastanier, Blai Mateu Trias se souvient : « brouiller les pistes, faire à partir de ce qu’on ne sait pas faire, de nos maladresses, c’est quelque chose qui nous a constitué depuis le début. A l’école de cirque quand on essayait de faire des acrobaties, moi je n’étais pas très fort et Camille n’était pas légère. C’était difficile pour nous. Au bout d’un moment on a compris que c’était ça notre sujet : essayer, en jeu, de devenir autre, de faire avec la fragilité et avec la métamorphose » Et non être des virtuoses dont on applaudit la performance dans le cours du spectacle.

Et Camille Decourtye, la cofondatrice de l’aventure de compléter : « Finalement, ce refus nous a permis d’assumer nos singularités : ces circulations entre masculin et féminin, entre guider et être guidé.e, entre tragique et burlesque.(…) Cette manière de douter, de remettre les choses en question, elle permettait aussi de ses défaire des visions du monde un peu binaire:il y a un clown blanc et un auguste alors que tout le monde a en lui ces dimensions. » C’était le cas de Bestias ( lire ici), quatre années de tournées, jusqu’au dernier soir raconté dans le livre) c’est le cas de Falaise et de Mazut qui continuent de tourner.Et c’est déjà le cas de , tralala.

Il est des soirs où le cirque et la poésie se rencontrent sous l’œil de Buster Keaton filmé par Samuel Beckett et sponsorisé par Tati, autant de grands aînés dont Baro d’evel revendique le parrainage.

Là, les représentations aux Bouffes du Nord sont terminées, le spectacle sera à Lille au Prato les 25 et 26 mars, à Toulouse au Théâtre Garonne du 22 juin au 6 juillet

Falaise : les 17 et 18 mars au Manège de Maubeuge, les 23 et 24 mars à Roubaix, du 31 mars au 2 avril à Anglet, les 22et 23 avril à Charleroi, etc

Mazut les 10 et 11 mars à Tarbes, les 22 et 23 mats à Blois.

Le livre Les beaux gestes est vendu à la fin des spectacles , le prix est à chercher au fond de la première illustration de l’ouvrage : une botte de foin où un homme vient de plonger pour le savoir.

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