Le site Theatre-contemporain.net en grand danger

Le site Theatre-contemporain net, né il y a 20 ans, connaît un beau succès qui va grandissant avec sa nouvelle le formule. C’est une banque de données sans équivalent et un formidable outil pédagogique. Depuis trois ans, la subvention qui fait vivre cet organisme d’utilité publique ne cesse de baisser. La cote d’alerte est atteinte. Si rien ne bouge, le site fermera le 31 décembre au soir.

Theatre-contemporain.net est un site d’utilité publique. Pour un diffuseur, un directeur de salle, un journaliste ou un spectateur, c’est un bon coin – à vrai dire, le seul valable – pour aller chercher des informations sur un spectacle, un auteur, un metteur en scène, lire des critiques, entendre et voir un auteur parler de sa pièce, un artiste expliquer sa démarche, voir ou revoir une conférence de presse, etc. Pour les professeurs, les élèves et les étudiants, qu’ils soient en option ou filière théâtre ou pas, c’est un formidable outil pédagogique. Bref : c’est une mine d’informations, de liens, la banque de données du théâtre contemporain.

Le site, géré par une association, le CRIS (Centre de Ressources Internationale de la Scène), a été créé il y a vingt ans par la volonté d’un homme de théâtre, François Berreur (à la fois acteur, metteur en scène, directeur des éditions Les Solitaires intempestifs et héritier littéraire de Jean-Luc Lagarce). Le succès de ce site Internet est allé grandissant. Sa nouvelle version lancée en juin dernier n’a fait qu’accélérer son succès. 800 000 pages et 100 000 vidéos vues pour le mois de novembre 2018. Pas mal, non ? Le site connaît une augmentation de fréquentation de plus de 40 % depuis la mise en place de sa nouvelle formule. Pas mal, non ? Et le succès n’est pas seulement hexagonal puisque une page sur quatre est consultée depuis l’étranger, bien sûr d’abord dans les pays francophones. Pas mal, non ?

Mais si, c’est mal, c’est très mal de connaître le succès hors des officines officielles, semble-t-il.Theatre-contemporain.net ne relève pas de cette usine à gaz qu’est la nébuleuse souvent fumeuse d’Artscena. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 250 000 fréquentations par mois pour Theatre-contemporain.net contre 15000 pour Artscena (source : simlarweb.com). Theatre-contemporain.net est une initiative partie du théâtre public et au service de ce dernier et de tous ceux qui l’aiment. Une initiative de la base en quelque sorte, et non une structure initiée d’en haut.

Jusqu’à ces dernières années, les ministères de la Culture et de l’Education voyaient d’un œil amical et intéressé ce site qui remplit à lui seul des missions que feu le Centre national du Théâtre n’avait jamais prises en charge. Sans concertation, sans réflexion, sans jugeote mais avec un esprit strictement comptable – Economie ! Economie ! –, on vient de baisser une nouvelle fois la subvention de Theatre-contemporain.net. 10 000 euros de moins chaque année depuis trois ans. De 150 000 euros, on est tombé à 120 000 euros. Pour l’association qui paye quatre à cinq personnes, sans parler du reste, la cote d’alerte est dépassée.

Une lettre « alarmiste » cosignée par la quasi-totalité des figures du théâtre français, envoyée le 5 novembre dernier aux ministres de tutelle, Franck Riester et Jean-Marie Blanquer, n’a reçu... aucune réponse. On peut appeler cela du mépris. A tout le moins. Bref : si rien ne bouge, Theatre contemporain. net fermera son site à la fin de l’année.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.