Théâtre National Populaire : arrêtons la tartufferie !

Grand théâtre français cherche directeur ou directrice. Il y a des candidats hommes mais quasiment pas de femmes pour diriger le TNP. Soucieux de parité, le Ministère a relancé l’appel à candidatures. Le Syndeac approuve. Marché de dupes. Le vrai problème est ailleurs. Mais on ne veut pas le voir.

En manque de candidatures féminines, le ministère de la Culture a décidé de prolonger l’appel à candidatures pour « le recrutement du directeur ou de la directrice du Théâtre National Populaire de Villeurbanne » (le énième mandat de l’actuel directeur, Christian Schiaretti, venant bientôt à échéance). Le Syndeac (le syndicat des patron(ne)s des institutions théâtrales subventionnées) se réjouit de cette décision. Et au passage demande au Ministère que les « candidatures féminines qui seront encouragées par cette décision soient mieux accompagnées dans leur parcours professionnel ». Il y a là une double tartufferie.

Commençons par la seconde, qui n’est pas nouvelle en la matière, nombre de « candidatures féminines » sollicitées ces années passées, parfois aux forceps, étaient sorties dindonnes de cette farce. C’était un deal de dupes : « tu comprends, on a besoin de femmes pour respecter la parité des candidatures, tu n’auras pas probablement pas le poste mais, sois sympa, rends-moi service, pose ta candidature, on se souviendra de toi à une prochaine occasion. » Promesse évidemment vite oubliée. Ce que demande le Syndeac (dont la direction est actuellement assurée par une femme, Marie-José Malis), c’est que l’on continue la tartufferie mais qu’il y ait de vraies compensations. Etonnant, non ?

Cependant, la tartufferie la plus préoccupante est ailleurs : personne – ni le Syndeac, ni le Ministère – ne se demande pourquoi il y a si peu de candidats et encore moins de candidates ? N’y a-t-il pas là anguille sous roche ? Pourquoi un lieu aussi considérable que le TNP n’est-il plus si désirable ? Outre un vieillissement de ces grosses structures qu’il faudrait interroger, n’y aurait-il pas besoin pour les dynamiter de projets nouveaux, inventifs et d’abord pluriels, collectifs ? Non, le Ministère comme le Syndeac ne veut voir qu’une tête. L’être suprême, le dieu- patron, le sauveur.

Au Théâtre National de Strasbourg – qui est lié, ce qui n’est pas un détail, à une école contrairement au TNP –, bien que nommé seul, Stanislas Nordey a organisé une direction plurielle avec des artistes associés (acteurs, auteurs, metteurs et scène) qui a relancé la maison et a fait de ce théâtre l’un des lieux les plus excitants de France. Ce n’était pas gagné. Ne pourrait-on pas faire preuve au TNP de Villeurbanne comme au TNS d’un peu d’imagination ? Le temps des fortes personnalités artistiques qui ont fait l’histoire du TNP, de Jean Vilar à Roger Planchon puis Patrice Chéreau et Georges Lavaudant, semble sinon révolu du moins mis entre parenthèses. Il faut tourner cette page, être plus en phase avec l’époque et l’état du théâtre en France. Plutôt que continuer à remplir mécaniquement des cases, ne pourrait-on pas faire du TNP, ce lieu si emblématique, si marqueur du théâtre français, le laboratoire d’une direction plus imaginative, collégiale et intergénérationnelle ?

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