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Billet de blog 8 janv. 2022

« Ainsi la bagarre », un spectacle qui claque

A l’affiche du festival Bruit au théâtre de l’Aquarium, « Ainsi la bagarre » est un spectacle joyeusement enchanteur, barré, irracontable. Après « Les dimanches de monsieur Désert », vaguement inspiré d’un livre oublié, où Lionel Dray était seul en scène, voici que Clémence Jeanguillaume le rejoint pour une expédition à deux au bout de nulle part amicalement balisée par Kafka.

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Scène de "Ainsi la bagarre" © Jean-Louis Fernandez

Vous sortez du théâtre de l’Aquarium comme allégé de plaisir. Vous venez de voir un spectacle inqualifiable puisqu’il échappe à toute catégorie répertoriée.Il y a bien eu des échanges de propos entre elle et lui, souvent l’un regardait l’autre s’agiter, avec tendresse, laissant les mots de l’autre se bagarrer entre eux. Il y a bien eu entre eux deux un long baiser où la bouche enfarinée de peinture blanche de l’homme est venue tatouer les lèvres et le menton de la femme après quoi on les a vus mêlés leurs gros yeux peints sur un plaque de plexiglas. Elle avec sa robe de fiancée maculée de rouge, lui avec son costume trois pièces maculé de blanc aimablement prêté par monsieur Désert ou bien par le clown sans diplôme qui passait par là.

De temps en temps, et tous comptes faits assez souvent, l’homme et la femme se retrouvent autour d’une petite table (empruntée elle aussi à monsieur Désert. semble-t-il) où trônent une théorie de micros, un réchaud à gaz de camping avec sa casserole en mal d’allumette pour réchauffer le kawa , ils finiront par y jeter des yeux de carton pâte en guise de sachet de thé ou de petites cuillères de Nescafé. Au début, pour mettre de l’ambiance et les rieurs de son côté, l’homme, auto proclamé « grand réparateur », recycle un numéro de clown increvable : une pile d’assiettes sous le bras, tout en devisant, le voici qui les casse une à une sur son crâne. Elle , par petits épisodes, nous raconte la vie et la mort et inversement de madame Oulala, star d’un soir.

Un des clous du spectacle -il y en a beaucoup – verra la femme hisser ses pieds nus pour atteindre la poignée d’une porte aussi haute qu’étroite. Elle l’ouvrira pour laisser entrer l’homme albatros portant deux immense ailes argentées. L’homme a la bougeottes, la femme aime la station debout figé ou être assise à la petite table. Là, via des claviers, elle, balance de la musique de sa composition ou pas, bricolée « à partir de synthétiseurs et d’ un thérémine » ( je cite le programme)..Un mouvement commun, un gag, un geste chasse l’autre, on ne s’attarde pas.

Des références passent (Kafka joue des coudes plus d’une fois). Ainsi la peinture bleue dont Ferdinand se peint le visage dans l’un des derniers plans de Pierrot le fou de Jean-Luc Godard. Entre deux phrases passent discrètement t le 52eme aphorisme de Franz Kafka ( in Les aphorismes de Zürau)  et l’un des plus connus: « Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde ».

A la fin, quand, ils arrivent ensemble de derrière le mur du fond comme revenus d’un rêve, ils nous regardent, on les applaudit bien fort. Le metteur en scène et acteur Sylvain Creuzevault n’était pas dans la salle le soir de la première à l’Aquarium. Il aurait vérifié que Lionel Dray et Clémence Jeanguillaume qui étaient de la distribution de son spectacle Banquet Capital, étaient faits pour se rencontrer.

Au retour de la Cartoucherie, en parcourant les aphorismes de Kafka, j’ai trouvé que le quinzième résumait bien ce spectacle aussi exquis que joliment énigmatique, dès son titre.Le dit aphorisme décrivant tout autant la position de celui qui doit en rendre compte sachant qu’il n’y arrivera pas. Le voici  ce bel aphorisme: « Comme un chemin en automne : à peine l’a-t-on balayé qu’il se couvre à nouveau de feuilles mortes ».

Ainsi la bagarre au Théâtre de l’Aquarium dans le cadre du festival Bruit, jusqu’au 16 janvier. Puis les 1er et 2 février à L’Empreinte de Brive-Tulle et du 23 au 26 mars au Théâtre Garonne à Toulouse

Les aphorismes de Zürau de Franz Kafka, traduit de l’allemand par Hélène Thiérard sont publiés dans la collection de poche Arcades chez Gallimard.

Parmi les spectacles à venir du Festival Bruit, signalons les fort recommandables oeuvrese de Pierre Meunier repris pour l’occasion : Au milieu du désordre le 29 janvier et La bobine de Ruhmkorff le 4 février.

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