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Billet de blog 9 mars 2021

Après l’Odéon, le TNS occupé! Et la Colline!

C’est de la base, celle des étudiants de son école, que s’est levé le mouvement qui a conduit à l’occupation du Théâtre national de Strasbourg. Dont les revendications croisent celles des occupants de l’Odéon, avec en bonus, le cœur battant de la jeunesse en lutte. Et c’est aussi le cas depuis hier soir à la Colline.

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Le théâtre National de Strasbourg occupé les élèves de son école © Gulliver

« A partir de ce jour, mardi 9 mars 2021 à 17h et jusqu’à une réponse concrète de l’Etat, tous les élèves resteront installé.e.s dans les locaux du Théâtre national de Strasbourg. Une Assemblée Générale se tiendra chaque jour à 13h sur le parvis du TNS et en Instagram live sur le compte “ouverture.essentielle ”. Vous pouvez suivre en direct l’actualité du mouvement », explique un communiqué des étudiants qui ont voté l’occupation à l’unanimité.

L’occupation de l’Odéon, seule, c’était un geste fort, mais isolé, symbolique. L’occupation du TNS par ses élèves (soutenus par de nombreux artistes dont ceux associés au Théâtre, comme Valérie Dréville ou Nicolas Bouchaud, ou qui y dirigent actuellement un atelier, comme Eric Lacascade) en multiplie l’effet, la force, l’impact. Difficile pour Roseline Bachelot de s’en tenir à ce qu’elle a dit en substance à l’Odéon : je n’ai rien à vous dire, à vous promettre pour l’instant. Le torchon de la parole creuse brûle. La perspective d’une « étude » en avril sur la faisabilité d’un concert debout à mille spectateurs vire à la mascarade. Il y a urgence. La jeunesse du théâtre est debout. Vent debout contre le silence, les tergiversations, l’épouvantail sanitaire qui laisse les centres commerciaux ouverts et les théâtres, les cinémas, les lieux culturels fermés.

C’est depuis une fenêtre du TNS (l’école et le théâtre se côtoient et se croisent dans le même bâtiment) que s’élève une voix à la fois frêle et déterminée :

« Nous allons occuper ce lieu et lui redonner une voix, un souffle coupés depuis trop longtemps. Nous allons nous activer à montrer que nous sommes aussi essentiels, et cela, parce qu’une société qui ferme ses portes au lieu de penser est une société morte.

Nous allons donc réveiller notre théâtre, peut-être est-ce cela dont il s’agit, non pas occuper ce théâtre qui nous est déjà ouvert mais lui rendre vie, l’habiter, lui rendre sa place juste, la place du vivant et l’expression de ceux qui n’ont pas toujours la voix pour parler.

Notre occupation se veut pacifique. Il s’agit pour nous de nous installer 24h sur 24 dans l’enceinte du théâtre, tout en permettant, dans la mesure du possible, le bon déroulement des activités qui s’y passent. Notre but n’est pas d’entraver la création artistique mais bien de la soutenir et de faire entendre la détresse de ceux et celles qui la portent aujourd’hui. »

Un autre élève expose ensuite les demandes adressées à l’Etat qui reprennent, souvent mot pour mot, celles exprimées par la CGT-spectacle ces derniers jours à l’Odéon (lire ici), avec quelques demandes complémentaires concernant les auteurs et les étudiants.

Une troisième et dernière voix prend le relais :

« Parce qu’un théâtre n’existe pas sans son public, parce qu’une société ne s’épanouit pas sans partage, nous avons besoin de vous. De votre soutien, de votre voix. Nous voulons continuer à créer pour vous, à réfléchir avec vous, à voyager ensemble. Et si cela doit se faire avec des masques, ainsi soit-il. Nous, hommes et femmes de théâtre, nous n’avons jamais eu peur des masques. Nous respecterons tout ce que les consignes sanitaires nous imposent et ainsi nous prouverons que nous pouvons jouer, danser, chanter, parler, rire, aimer, pleurer sans mettre en danger qui que ce soit, bien au contraire.

Nous en appelons à votre soutien. Nous vous invitons à nous rejoindre tous les jours devant le TNS à 13h sur le parvis du théâtre ou à signer notre appel en nous envoyant un mail à tns.ouvertures.essentielles@gmail.com pour nous aider à porter notre voix. » 

Il est probable que d’autres écoles nationales de théâtre (il en existe une bonne dizaine) rejoindront le mouvement initié par les élèves de Strasbourg. Chaud devant.

C'est déjà le cas au Théâtre national de la Colline, nous apprend un mail reçu hier soir du côté de minuit. Reprenant les revendications de leurs camarades. Et déclarant : « Nous, élèves de l’enseignement public et privé de théâtre, répondons à l’appel des occupant.e.s de l’Odéon. Nous souhaitons, par notre communiqué officiel, exposer clairement nos revendications. Face à la perte de sens des décisions officielles prises dans les instances politiques, nous demandons l’arrêt de ces allers-retours gouvernementaux et une réelle prise de décision face à nos problèmes. L’exception culturelle française est actuellement bafouée. Et pourtant nous vivons dans un pays avec un accès à la culture pour toutes et pour tous qui n’a jamais été aussi essentiel qu’actuellement face à la situation de crise sanitaire. Aurions-nous passé ces confinements sans musique, sans film, sans captation théâtrale (maigre compensation), sans possibilité d’évasion ? En dépit des études scientifiques qui ont démontré un taux d’incidence faible [des manifestations artistiques et culturelles sur la propagation de l'épidémie, ndlr], et en dépit des décisions d’ouverture des lieux culturels dans d’autres pays, nos maisons artistiques restent fermées. Nous entendons aujourd’hui redonner le droit à la population de se cultiver grâce à ces lieux d’action culturelle où le partage intellectuel humain transcende tous les milieux sociaux et les unit. »

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