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Billet de blog 15 juil. 2019

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Avignon: merci Hourdin !

Jean-Louis Hourdin, bel homme de théâtre septuagénaire, a toujours veillé à ce que le théâtre soit un art du spectateur autant que de l’acteur. Langue commune : celle des poètes. C’est ce que propose vigoureusement et amoureusement sa nouvelle parlerie « Veillons et armons nous en pensée (suite) ».

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Sur le flanc droit du Théâtre des trois raisins au Festival Off d’Avignon, Jean-Louis Hourdin entre par une petite porte les bras chargés. De cadeaux, mais on ne le sait pas encore. Pour l’heure, Hourdin ressemble à un SDF encombré de paquets et de sacs ridés, transportant sa vie avec lui, éternellement sans logis. Il nous épie du coin de l’œil, son regard tendu s’apaise. Il est chez lui. Là devant un public. C’est une vocation ancienne devenue une passion, un sacerdoce, c’est à jamais la vie de ce jeune homme de 75 ans.

"Grave et joyeuse"

Dans la petite salle, il y a des amis comme François Chattot qui le soir, avec ses partenaires jouera Amitié dans une bourgade autour d’Avignon (lire ici) et, qui cet après midi-là (le spectacle est à 15 heures ), faisait l’amitié de venir voir celui qui fut son professeur à l’école du Théâtre National de Strasbourg (où Hourdin avait été élève avant lui), et qui fut son partenaire dans Veillons et armons-nous en pensée, spectacle que je me souviens avoir vu au Théâtre de Chaillot au temps où le palais était voué au théâtre sous la direction d’Ariel Goldenberg. Ce à quoi on assiste aux Trois raisins, c’est la suite, sous le même titre et avec ce sous-titre hourdinesque : « parlerie grave et joyeuse ».

Scène de "Veillons et armons nous en pensée (suite)" © Fructus

Entre temps, Jean-Louis Hourdin a connu bien des aventures comme celle de sa vie de compagnie après la fin de la belle aventure des trois Fédérés (Olivier Perrier, Jean-Paul Wenzel et Hourdin) à Montluçon. Par la suite, ayant hérité d’une somme d’argent rondelette, Hourdin l’a aussitôt dépensé en achetant la maison Jacques Copeau à Pernand Vergelesse dont la destinée était en péril. C’est devenu depuis un lieu de résidences pour les jeunes compagnies et chaque année en octobre s’y déroulent des rencontres très prisées. Mais l’argent manque pour construire et aménager un lieu de travail et de représentations. Hourdin a eu aussi des gros problèmes de santé qu’il expédie en deux phrases au début de Veillons et armons nous en pensée (suite).

Il est là, bien là devant nous , suant de trac sous les rares projecteurs comme au premier jour. Il n’est pas là pour raconter sa vie mais comme le titre l’indique nous armer en pensée. De fait, on sortira de là ragaillardi, armés de plaisir jusqu’aux dents.

Seul accessoire présent sur la scène où il est en train de se débarrasser de ses sacs : la servante des théâtre. Cette loupiotte qui veille pendant que le théâtre dort. Hourdin en extrait une autre plus petite de son barda, pus les deux servantes en enfantent une troisième, minuscule. Bon début.

Les armes des poètes

On se sent bien bien à écouter sa voix creusée de rocaille. Il s’éclaircit la gorge, il nous met dans l’ambiance, car tout n‘est pas encore là. Outre le public venu nombreux, Hourdin a besoin de vieux amis pour commencer : les gardiens de sa mémoire et de celle du théâtre. Des papiers et des photos. Alors il sort de sa besace des papiers manuscrits ou dactylographiés, et des photos, à commencer par celles d’Ito Josué. Jean Dasté, après avoir fondé la Comédie de Saint-Étienne et tandis qu’il promenait ses spectacles dans les villages de la région , avait demandé à ce photographe non de photographier les spectacles, mais les spectateurs . Et ces derniers, tout autour de la scène,n encadrent Hourdin. Il se sent bien entouré qu’il est de leurs regards.

Tout est prêt , cela peut commencer. Assis sur un pliant, après avoir ouvert une bouteille de vin et trinqué avec un spectateurs au nom de tous, Hourdin sort ses armes, désarmantes de beauté et de force. Des armes increvables et toujours d’actualité, nous cinglant sur le vif. Ces armes, ce sont les mots des poètes. Du discours sur le misère de Victor Hugo prononcé devant ses pairs de l’Assemblée nationale jusqu’au 9 volumes des poèmes de Bertolt Brecht que l’Arche ne s’est toujours pas décidée à rééditer en traduction française.. Et puis Bram Van Velde après Beckett, et puis Genet parlant de Giacometti, et puis Giorgio Strehler et puis…

Au moment des saluts, une femme s’écrira : « merci Hourdin ! ».

A la sortie, ce n’est pas un flyer que l’on donne à à chaque spectateur, mais des propos de Jean Louis Hourdin. Voici la dernière phrase : « Face aux oiseaux de mauvais augure qui nous imposent leur fatalité du tout économique et de l’ultra-libéralismes, nous, nous disons qu’il n’y a pas de fatalité si ce n’est celle, rebelle, des poètes ». Oui, merci Hourdin.

Avignon off, Théâtre des trois raisins, fin des représentations du 17 au 24 juillet sj le 22)., 15h

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