Groupe Berlin : que vaut le tableau d’un faussaire vraiment signé Picasso ?

Le Groupe Berlin, groupe d’artistes flamands associé au 104, y revient avec leur nouvelle œuvre surprenante comme les précédentes : « True Copy ». Une vraie copie n’est-elle pas aussi une œuvre de prix ? Et ne le devient-elle pas totalement lorsque l’artiste y reconnaissant sa façon de faire la considère comme sienne, voire la signe ? Le vrai faussaire Geert Jan Jansen est leur invité. Vraiment ?

Dans une des salles du 104, un mur de tableaux accueille les spectateurs. Des Monet, des Picasso, des Karel Appel, des Miro, des Matisse, etc. Sur le côté, un homme rondouillard au crâne chauve sourit. Les spécialistes de peinture et de faits-divers reconnaissent l’un des plus grands et célèbres faussaires Geert Jan Jansen, entré dans le métier presque par hasard. Mais c’est comme une drogue dure : quand on y a pris goût, difficile de s’en sortir seul. C’est l’homme et l’œuvre que raconte le groupe Berlin, artistes associés au 104 et habitués de ce blog (lire ici, ici et ici par exemple).

A une lettre près

Au printemps 1994, des policiers (de la répression des faux ?) investissent un château du Poitou où, sous un faux nom, habite Geert Jan Jansen et sa compagne. Faussaire jamais démasqué et ayant ainsi fait fortune, il y a aménagé une dizaine d’ateliers, un par peintre, dont Karel Appel auquel il doit beaucoup. C’est par lui que tout a commencé et arriva ce jour de gloire intérieure pour le faussaire où Appel, examinant un tableau dont on doutait qu’il fût de lui (c’était un authentique Jansen), certifia que le tableau du faussaire était bel et bien de lui allant jusqu’à se souvenir du moment où il l’avait peint, et même jusqu’à contre-signer le tableau.

Ce n’est pas une faute de style – en la matière, Jansen est irréprochable – qui l’a perdu après des dizaines d’années de bons et déloyaux services, mais une faute d’orthographe. Rédigeant en français un certificat d’authenticité (faux, bien sûr), il avait écrit « environs » avec un S. Ce S de trop, ce serpent, allait le confondre. Du château du Poitou, les policiers emportèrent tout. Des milliers de faux mais aussi des vraies œuvres que le faussaire avait acquis dans des salles de vente. Comment faire le tri ? Par ailleurs, les galeries, les collectionneurs, les experts en authenticité que Jansen avait bernés, loin de le confondre, se sont bien gardés de lui nuire, ce qui les aurait renvoyé à leur incompétence. Et puis, sait-on jamais, si…

Faux article

Toute la soirée est ainsi pimentée par des histoires extraordinaires. Bien malin celui qui y démêlera le faux du vrai. Comme cette histoire de vrai (ou faux ?) Picasso retrouvé dans une forêt en Roumanie sous un tas de feuilles. Comme cette histoire de vieille poussière que Jansen récupérait dans les églises de la campagne française pour l’étaler sur des tableaux qu’il piétinait ensuite accroissant ainsi leur taux d « authenticité ».

En sortant du 104, je me suis souvenu que les premiers articles que j’ai écrits étaient des faux finalement vrais. Le petit éditeur chez lequel je gagnais ma vie comme homme à tout faire, envoyait certains de ses livres (cela allait de comment se soigner par les plantes aux mémoires d’un escroc chinois) à des rédacteurs de petits journaux et magazines généralistes ou professionnels et il y glissait une critique non signée qu’il m’avait demandé d’écrire. Plus d’une fois, il m’est arrivé de voir l’article que j’avais écrit signé par un autre...

Au demeurant, celui qui écrit ces lignes était-il bien hier soir au 104 ou s’est-il contenté de recopier un dossier de presse lui fournissant des éléments de langage, lui livrant donc de la copie pour parler de True Copy ? Cet article est-il aussi vrai qu’un faux ?

True copy au 104, 20h30, jusqu’au 18 mai.

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